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La France Ignorée: E.A MARTEL (1928)

 

 

 

 

 

 

Édouard-Alfred Martel est né à Pontoise, en Seine-et-Oise le 1er juillet 1859. Enfant d’une famille de juristes, il fait ses études au lycée Condorcet à Paris. Très tôt, il devient passionné de géographie et de sciences naturelles et il remporte en 1877 le premier prix de géographie au concours général. Il est grand lecteur de l’œuvre de Jules Verne. En 1886, après avoir terminé son service militaire, il obtient une licence de droit et il devient avocat agréé auprès du tribunal de commerce de la Seine. En juin 1888, il débute sa carrière de spéléologue dans la grotte de  Bramabiau. La spéléologie est née.Édouard Alfred Martel décède le 3 juin 1938 à St Thomas la Garde, non loin de Montbrison, dans la Loire.

 

 

 
 Édouard-Alfred Martel, La France ignorée : Sud-Est de la France, Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1928, 290 p. (lire en ligne) 

 

 

 

LA FRANCE IGNOREE
E —A. Martel

Sud-est de la France
La perte et le canyon du Rhône

 

 

Le « turbinage » du Rhône.-L’attentat « Suisse » contre un phénomène unique au monde : « la perte et le Canyon du Rhône ».- Explorations de 1795 et 1910.- Difficultés d’accès.-Fissures, grottes et cascades. L’Etroit de Malpertuis. éboulements, résurgences et grand cap de la Glière et du Paradis. Formation du canyon. Plan et profil en long. Enfouissement en cours. La folie du barrage de Génissiat. La Valserine et le barrage du Pont des Oules. Eboulements du Credo et de Dorches. Ancien bras de Clarafond. Les dérivation. Projet d’aménagement du rhône. Le procès des grands barrages. Les catastrophes. Contresens économique nationale. Les difficultés du Bas Rhône. Seuils est mouilles. Roque d’acier. Les zones franches.

 

 

Ici intervient une des plus graves questions économiques et scientifiques qui ait jamais été discutée en France : l’aménagement industrielles, commerciales, agricoles du Rhône à Bellegarde.Dès l’ année 1720, on a songé à utiliser le fleuve entre Lyon et Genève. (1) En 1910, les installations de Bellegarde, commencée en 1871 seulement, ne lui rend. Quelque 6000 à 9000 chevaux, alors qu’on pourrait lui en demander  de 118 000 à 180000 elle-même 270 000 à 330 000 selon les saisons.
Le transport à Paris de cette force transformée en électricité a été conçu en 1902 par M. André Blondel. Il faut, et nul ne saurait le contesté, que cette utilisation du Rhône se réalise aussi complète que possible : elle s’impose.
Mais quel est le meilleur mode en application ?
Un des projets en concurrence pour l’œuvre nécessaire, je le répète, celui du barrage dit « de Genissiat », 200 mètres de hauteur (dont 32 mètres de la fondations) entre Bellegarde et Seyssel, aux confins de l’Ain et de la Haute-Savoie, aurait pour conséquence des noyer complètement, sous 39 à 60 mètres d’eau, la perte est le canyon du Rhône qui lui fait suite, l’un des sites les plus curieux du monde ; avec toute une série de paysages et de phénomènes naturels, dignes d’ universelle admiration et de jalouse protection. Aussi est-ce avec une amère mélancolie que je vais traiter ce sujet. Ne serait-il donc pas possible de concilier à la fois les exigences du progrès industriel et le respect des beautés de la nature ? (v.p.5).
De Saussure avait dit de la perte du Rhône : « le fleuve a creusé les rochers ou point de se cacher et de disparaître entièrement…. Les blocs accumulés cache pendant l’espace d’environ 60 pas le fleuve renfermé dans le fond de ce conduit souterrain. C’est dont la que le Rhône est réellement perdu. On peut le traverser à pied sec (aux basses eaux). »(2)
On répète partout que, depuis cette définition, la perte a tant changé qu’elle a disparu. Quelle heure ! Bien au contraire, elle s’est accentuée, puisque l’enfouissement actuel, au bas aux, à 110 mètres de long. Si l’on ne peut plus guère traverser la crevasse, c’est parce que les blocs ils sont plus (on a même fait sauter exprès, pour couper le passage aux contrebandiers) ; mais un adroit sauteur la franchirait encore, non sans risques de glisser dedans. Bien loin de ne plus exister, la perte du Rhône demeure au contraire parfaitement vivace elle-même envoi d’extension.
Appelé en consultation sur place, j’ai effectué (en 1910 et 1911) une enquête détaillée sur ces parages, que j’avais déjà visité en 1897 et 1902. Ainsi, je me suis convaincu de visu de la vraie constitution actuelle de la perte, des singularités du canyon et  des irréparables conséquences qu’entraînerait l’exécution du barrage (3).
Des 1904, j’avais prévu les exposer (Congrès  Soc. Sav. à Paris) qu’en réalité, le Rhône s’engouffre à sa perte dans un véritable abîme, parce qu’il a rencontré une grande diaclase du calcaire, ou d’ horizontal, son cours est devenu et vertical, c'est-à-dire  qu’il regagne en profondeur sait qu’il perd en largeur. J’ajoutais même, au début de 1909,(4) que le Rhône, dans sa perte et son canyon, et beaucoup plus profond et moins achevé qu’on ne le croyait. Or, les sondages exécutés, de 1909 à 19 11, par la société française des forces hydrauliques du Rhône, ont prouvé qu’en effet ces fonds du Rhône présentent
 

la plus grande irrégularités et sont par place très creux. Immédiatement en amont de la perte, on a trouvé  7mètres à 7 mètre 90, mais à la perte même 60 mètres de profondeur, puis en 11 autres points, jusqu’à l’aval du confluent de la le Valserine, 26 à 12 mètres. Il y a donc bien engloutissement du fleuve dans la profondeur du sol.
La vérité, c’est que, à la date de 1910, on ne connaissait bien ni la perte  ni le canyon, difficiles d’accès faute de sentiers praticables. Les touristes n’envoyer que la traversée du fleuve à Arlod. Seuls les ingénieurs, experts et  ouvriers mêlés aux études des projets, y avait suivi les traces des contrebandiers, douaniers les pêcheurs locaux, au long de pistes à peine tracées et même en partie détruites.
La perte du Rhône elle-même n’est pas publiquement accessible, parce qu’elle se trouve dans la propriété des forces hydrauliques du Rhône, à Bellegarde : on ne peut la voir qu’avec autorisation spéciale, gracieusement accordé d’ailleurs ; il faut, pour accéder à l’engouffrement, descendre une longue échelle en fer et circuler sur les dalles humides et glissantes du calcaire, peu engageantes : c’est la seule manière de constater que, du moins en basses eaux (fin de l’automne au début du printemps), la perte du Rhône demeure une réalité. On peut voir alors le fleuve tout entier disparaître dans une surprenante crevasse. Sur 110 mètres environ d’étendue, on ne distingue plus dans son lit que les blocs rocheux basculés en travers de cette crevasse. Comme les visiteurs se borne d’habitude au pont de Lucey, en aval de l’engouffrement en 21 mètre plus haut, il est impossible de voir ce dernier : d’ou la légende de la perte du Rhône a disparu. Ce qui doit disparaître, c’est la légende elle-même et non point La perte, bien et dûment existante et admirable. Aucun autre cours d’eau terrestre ne présentent pareille excentricité : d’autres perte du Rhône est donc un véritable bien national.
 
Quant au canyon, il fut l’objet, en 1795, d’une téméraire descente en bateau, de Bellegarde à Pyrimont, par le conventionnel Boissel de Monville : ce coup d’audace n’a jamais été renouvelé ; les modifications survenues, est surtout plusieurs éboulements récents, le rendraient maintenant impossible : au défilé de la Glière notamment, l’amoncellement des rocs, le rétrécissement des bras d’eau, la vitesse de leurs chutes sont tels que tout passage serait impraticable. La démolition des falaises ne cessent d’accumuler de nouveaux obstacles. Même quand ceux –ci étaient moins formidables même quand ceux –ci étaient moins formidables, il a fallu à Boissel une stupéfiante énergie pour se risquer ainsi sur l’impétueux Rhône. Les dramatiques dessins qui illustrent son ouvrage n’ont pas exagéré ; et rien n’est plus intéressant que la lecture de ce livre (2).
 
Les hordes de touristes qui, par Bellegarde, gagnent chamonix, Évian et le Valais, ne soupçonnent point ce qu’ils côtoient dans ces parages. Du chemin de fer, entre Pyrimont et Bellegarde, quatre échappés fugitives laissent deviner un instant : 1° la gorge en aval de Génissiat; 2° la grande falaise de la Glière ; 3° le ravin des Lades et 4° le coude de la Garenne. Boissel avait d’autres soucis que de s’occuper du paysage, qu’il n’a en aucune manière expliqué.
La méconnaissance des lieux était telle que des ouvrages sérieux confondent  en un seul défilé le Pas de Malpertuis est celui de la planche d’ Arlod, distant de plus de 3 km.(P.Joanne, dictionnaire de la France, p. 3855).Et Jean Lahor (Dr Cazalis, Rev. T.C.F., juin 1905) n’exagérait guère en disant que ces gorges  «  très belle, très pittoresque  et très sauvages, que presque personne aujourd’hui ne connaît, mériterait qu’on les découvrit et les visitat à leur tour ».
C’est ce que j’ai fait en 1910 -11. Véridiquement, la visite ne saurait être présenté comme un épouvantail : compliquée certes, fatigante, longue (deux jours pour bien voir) et interrompue en plusieurs passages par certains obstacles vraiment insurmontable (qu’il faut tourner à grande perte de temps), elles n’est nulle part dangereuse, ni vertigineuse pour le promeneur tout simplement injambe. Seulement elle est, en fait, d’un abord sporadique et difficile.
 
Les anciens petits sentiers, qui permettait de descendre en quelques endroits jusqu’au fond ; ont cessé d’être parcourus, depuis que le service des douanes avaient fait détruire les deux passerelles de Malpertuis les de Monthoux en amont de Génissiat (5).
D’année en année, le reste de ces sentiers s’atrophient sous les éboulements de falaises, et sous la végétation luxuriante vivifiée par la fraîcheur du canyon. En octobre 1910, j’ai eu grand peine à me frayer un passage jusqu’aux bords même de Malpertuis et de la Glière. C’est ainsi que les premières études du projet de Génissiat n’avait pas porté, dans le détail, sur certains points d’accès rébarbatif, notamment sur les cascades, sources, grottes et chaos rocheux, entre Nant-Poé et la Bressanne.
 
Voici, pour la visite, un programme – itinéraire avec des photographies justificatives.
La perte elle-même suffit à occuper une matinée, en pénétrant dans l’enclos de l’usine de Bellegarde, par la crevasse (v.p.231), est en allant voir le confluent (6), malheureusement fort détérioré, de la Valserine, - la renaissance du Rhône,- et le début du Canyon entre l’usine et le pont de Lucey. Ceci est déjà fort beau, parmi les murailles encorbellées sous la voûte les arbres en été, et sous de formidables stalactites de glaces en hiver.
Dans l’après-midi, on passera sur la rive gauche par le pont de Lucey pour prendre la route d’Essertoux ; a travers les verdure on apercevra insuffisamment le confluent de la Valserine ; puis, à un kilomètre et demi de Lucey, elle est au point de bifurcation de la route qui monde vers Vanzy, on descendra à main droite, sur le cap qui force le Rhône à un coude extrêmement pointue, en face du lieu-dit La Garenne. On y est suspendu au sommet même des falaises du canyon, encaissés déjà de 40 mètres, fort étroitement, et tournant brusquement au sud dans la direction Arlod.
Des haies et  propriétés privées enpêches de suivre le haut de la falaise jusqu’à Essertoux, où ses la route des voitures. De là, l’on descend commodément à la planche ou passerelle de Arlod, promenade classique, et en réalité le seul point où le public  puisse accéder aux canyons du Rhône. Mais les piétons devront continuer, sur la rive gauche, pendant plus de deux kilomètres à vol oiseaux, le sentier accidenté qui, tantôt s’écarte de la falaise pour serpenter dans les pâturages, tantôt au contraire, forme balcon à 50 mètres ou 60 mètres au dessus du fleuve. On ira ainsi jusqu’en dessous des Granges-des-Fées, en traversant successivement quatre petits ravins à cascatelles. Entre le deuxième est le troisième, on voit, en face sur la rive droite, les deux jolies cascades de Nant-Blanc ou Nant-Poé et du Nant-de-Chantavril. Au pied de cette dernière chute,  et très peu au dessus du niveau du Rhône, sort, d’une fissure de laroche, une réapparition d’une perte de Chantavril. A l’aval, sur la rive gauche, la vue des ruines du moulin de Pré-Cayla (Préquelaz) est saisissante sur le cours du fleuve, encombré de blocs d’éboulement ou ses flots grondent et écument.
Malgré sa faible profondeurs, une cinquantaine de mètres, l’encaissement et majestueux, à cause de sa verticalité et de l’exquise couleur du flot clair, quand l’orage ne l’a pas troublé. A travers les arbres penchés l’on aperçoit le demi-mystère du prodigieux fossé. Plus loin, en dessous des Fées, on distingue, à un kilomètre au-delà, le rétrécissement de Malpertuis qui ressemble d’ici à une simple gerçure, un coup hache dans la roche. De ce point, on se demande où peut passer le Rhône, ainsi étranglé  dans se réduit pas de la largeur d’un retrait de scie de 1m62 (v.p.237).
 
En face, on distingue dans la rive droite, les orifices de la grotte du Tapet et d’autres cavités inaccessibles. La promenade dans la direction du sud cesse d’être favorable au beau prospects. Mieux vaut donc rebrousser chemin jusqu’à Essertoux et descendre jusqu’à  la planche de Arlod entre les parois de 40 à 50 mètres, où le fleuve légèrement recourbées en S. Large de 10 mètres, il fuit rapidement sous la passerelle qu’on a surélevée, et que les douaniers français surveillaient de la rive droite, tant que la rive gauche fait partie de la zone franche de la Haute-Savoie (5).
 
La falaise de droite est plus élevée que celle de gauche, et le sentier zigzaguant même au sommet avec de charmants point de vue. Il est dominé par les ruines du château de Arlod. Insignifiantes, elles offrent un excellent panorama du canyom en amont. On peut rentrer à Bellegarde, soit par la route nationale, soit par les sentiers de la rive droite, entre les usines de Mussel. Au-delà de celles –ci, on descendra sur une plate-forme en contrebas au lieu-dit La Garenne, pour voir le cap de la rive gauche, allant des le plus saillant du fleuve. On enfile ici le canyon vers Arlod à droite et vers le confluent de la Valserine à gauche. Ce serait splendide, si les usines n’existaient pas (6). A l’angle même, on constate combien fissurées et peu solides sont les parois de la rive gauche ou, chaque année, ce produisent des éboulements. Le surplus des canyon n’est visitable que de la rive droite, au prix de crochets, descente et remontée, qui demande bien près d’une journée entière. En partant de la station de Bellegarde, ce on s’arrêtera, après 2700 mètre sur la route nationale, au point où elle franchit le Nant-Blanc ou Nant-Poé. Traversant la voie ferrée, on suivra le ruisseau tant bien que mal, de préférence sur la rive droite, pour descendre jusqu’à son point de chute dans le Rhône, distant de 300 mètre.
 
Un curieux travail d’érosion régressive a été accompli ici par l’eau courante. Juste au moment de rejoindre le canyon, le ruisseau a rencontré une cassure parallèle au fleuve ; il a suivi pendant quelques décamètres, laissant debout, le côté du canyon, un fragment de mince muraille, au bout de laquelle il opère une chute de 25 mètres de haut ; mais la paroi restée en place si peu épaisse qu’un bras du ruisseau la perforée, creusant ainsi une vrai fenêtre, part où s’échappe une cascade latérale.
 
 Sur le bord même de la falaise, avec vues plongeantes sur le fleuve, une piste à travers buissons même 350 mètres plus loin à la cascade de Chantavril (7) entre. Celle-ci tombe en voile gracieux, d’un seul bon, dans le Rhône, et sort de curieux couloir latéral de roches ; par une chaude journée d’été, la fraîcheur du site est idéal. D’en bas monte le grondement du Rhône sur de gros blocs, que Boissel aurait certainement mentionnés, s’ils avaient déjà entravé le courant le jour de sa fameuse descente. Avec un guide local compétent, on peut, en contournant les ravins des Lades, allée voir la grotte du Tapet, à peu près à mi-hauteur des falaises. Difficile à atteindre, elle est insignifiante et obstruée à une vingtaine de mètres de profondeur, mais c’est, comme plusieurs autres, l’issue d’une ancienne source tarie. On remonte au Nant des Lades, pour gagner, entre le chemin de fer et le canyon, un cap rocheux juste au nord de la Martheraz, tellement saillant qu’on y voit le canyon du Rhône presque un entier. Des dalles horizontales  du calcaire, taillées à angle droit sur le précipice (100m), on est littéralement suspendu à l’entrée du rétrécissement de Malpertuis. Avec une véritable stupeur, on voit le puissant fleuve, de 40 mètres de largeur, se précipiter, de rapide en rapide, dans une fente réduite à 1m 62 de largeur.
 
Ceux qui veullent noyer ce passage ne l’ont certainement jamais contemplé. Ont l’admire encore mieux un peu plus loin, à une ancienne cabane de douaniers, d’où un sentier descend au bord du fleuve. En bord, il est encombré par les éboulements et la végétation ; mais le spectacle devient fantastique. Après une série de rapides-chutes de 3m.de haut, le Rhône s’étale dans une cuvette ovale, prodigieusement érodé les percées de canneslures, trous et oules de toute formes et de toutes dimensions; puis vient le Malpertuis même, avec sa largeur de 1m.62, où l’on a trouvé 28m. De profondeur d’eau et y est, comme la perte, un phénomène probablement unique au monde.
 
Boissel ne put passer qu’en faisant tirer puis redescendre son bateau par-dessus l’obstacle. On voit encore les scellements de l’ancienne passerelle ; et, parmi les fissures rocheuses, un petit ruisseau descend en cascatelles dans un ravinement de la rive droite.
 
Pour aller voir le chaos, la cascade et les sources de la Glière, il faut remonter de 80m., Presque au niveau de la voie ferrée. Le passage et dur, au pied des escarpements du tunnel de la Martheraz. Entre les buissons, les cailloux et les roches, ont rejoint, vers la galerie de déblais du tunnel (à l’alt. de 349m.), un sentier qui descend du sommet de la rive droite, était presque aussitôt ce tri furque. Un premier embranchement rebrousse vers l’amont. Il est praticable et conduit au bord du Rhône, au milieu des immenses blocs de la cascade de la Glière. Aujourd’hui l’espacement entre les blocs ne permettrait par le passage d’une barque, qui serait d’ailleurs fracassée par la violence de la chute. Une grande partie de l’éboulis actuel est donc postérieure à 1795.

 
 
Sur la rive droite, elle au dessus de la chute, un gros ruisseau sort en cascade d’une crevasse rocheuse. C’est la plus importante des sources latérales du canyon, dont l’existence avait été niée avant mes recherches par les protagonistes du projet de Génissiat (8). Tout ce tableau de la Glière et d’une sauvagerie écrasante. Le grondement du fleuve furieux, dans un étroit encore fort restreint et terrifiant. Cela rappellera que les blocs de Samson du Verdon (v.p.19). Mais ce dernier n’a pas de cataracte pareille à celle du Rhône qui, en revanche, ne possède. Les 400 à 1100 m. d’entraille de son prodigieux sous-affluent. L’un et l’autre site doivent être conservés précieusement au premier rang des curiosités de la France. Et c’est pourquoi (depuis 1909) je défends, avec tant d’âpreté, ces bas-fonds du canyon du Rhône contre les atteintes industrielles.
 
Après la Glière, le Rhône reprend un peu de largeur, mais les démolitions de la rive droite ont encombré son lit. Il faut remonter jusqu’au deuxième des embranchements signalés plus haut. Celui –ci est un sentier de pêcheurs, assez commode, vers les grèves plus accueillantes de Soussac ou Cul-de-Sac. Mais là encore, au bord du fleuve, un cas proche, le Bec du Paradis, barre le chemin le long des eaux. Une fois de plus, il faut regravir, près de la voie ferrée (plus haut même en 1910).
C’est ici qu’au printemps de 1911, les Forces Hydrauliques du Rhône ont fait pratiquer, dans les falaises de la Bressanne, sur la rive droite, en face du cap de la Glière, précisément dans le plus grandiose site du canyon, un chemin est un escalier d’accès. Ainsi, on a rendu beaucoup plus commode et moins fatigante l’approche du fond du canyon.
C’est la traversée du ravin  « des Gorges » le plus grandiose de tous. Le cap de la Glière, la plus haute des falaises, forme sur la rive gauche un à-pic convexe de 135m. de hauteur. Du nouveau sentier, la scène s’admire  dans toute son ampleur. On passe en dessous de deux ouvertures de cavernes, six peu profondes  que ce sont plutôt des auvents, mais très élevés en gigantesques cintres, la Bressanne.
En face, sur la rive gauche, un coude brusque (à 45° environ), tout un pan de falaise a glissé dans le fleuve, dont un bras passe par derrière, indiquant ainsi (de même que tous les restes d’éboulements anciens et modernes de ces parages) combien sont peu solides les calcaires fissurés urgoniens ; l’imprudence d’y créer, par le grand barrage de Génissiat, une surcharge d’eau de six à sept atmosphères, qui provoquerait certainement de retentissantes dislocations nouvelles, saute aux yeux les moins prévenus.
La voie ferrée elle-même, quoique maintenue, à 13m. au dessus du plan d’eau projeté, aurait certainement à pâtir du contre-coup de ces perturbations. La compagnie P-L-M. ne manquera pas de s’en aviser !
Les nouveaux escaliers aboutissent à un ancien chemin encore bon, celui qui a été coupé en amont par les éboulements du Paradis. Ici, le fleuve, de nouveaux rétréci à 10 mètres, s’engage sous les une exquise voûte de verdure, véritable rue d’eau, où le beau courant vert  coule avec un calme souverain dans un couloir de près de 500 m. de longueur. A l’extrémité, le Rhône tourne
 
brusquement à quatre-vingt degrés est sa gouttière rocheuse s’élargit, au point où le franchissait jadis la passerelle de Montoux supprimée par les douaniers. On voit encore sur la rive gauche, une pile. Désormais, le fleuve a retrouvé des largeurs d’au moins 20 à 25 mètres ; les sentiers sont bons ; on peut suivre la rive droite presque au niveau de l’eau, ou remonter sur le plateau de Génissiat aux regagner la halte du chemin de fer. La cascade du moulin Gabet (r.g.), avec un grand encorbellement rocheux (accompagnés d’éboulements), a un air de caverne en amont de l’emplacement même proposé pour le barrage de Génissiat. Le sentier qui remonte vers la rive droite est pourvu d’un escalier en fer.
 Pour finir, il faut pousser au-delà du château ruiné de Génissiat, sous lequel jaillissent encore des « sources », jusqu’à l’issue du grand ravin de Billiat; une cascade, belle après les pluies, est singulièrement disposée en gradins, qui ne sont autres que des cuvettes formées par les eaux incrustantes, exactement à l’image des gours des rivières souterraines.
Tel est le précieux ensemble de la perte et du canyon du Rhône. En suivant sur l’une est l’autre rive les deux lèvres du canyon elle est en descendant à tous les points du fond où il est possible d’accéder, 12 sites y sont tout à fait remarquables :  1er la perte; 2e la passerelle d’Arlod ; 3e la cascade à roche perforée de Nant-Poé (r.dr.); 4e la cascade à encorbellement et la gorge de Chantavril (r.dr.); 5e le point de vue des prés des Fées (r.dr.) ;6e celui de la Marthéraz (r.dr.) ;7e celui de la cabane des douaniers au dessus de Malperthuis (r.dr.) ;8e l’Etroit même de Malperthuis (au fond) ;9e la Glière (au fond) ;10e le cirque de Paradis à la Bressanne ;11e le couloir de Monthoux ;12e le moulin Gabet.
Or il n’en subsisterait rien si on exécutait le projet de Génissiat. Tandis que bien que peu de dépense serait nécessaire pour en livrer commodément l’accès à tout promeneurs. Anéantir ces tableaux merveilleux serait un  abominable forfait. Voilà pourquoi, comme pour les polders du mont-Saint-Michel et pour la résurgence et les gorges de la Loue (Doubs), il s’est ouvert ici un conflit entre l’utilisation économique d’une force naturelle toute puissante et la conservation d’une magnificence, naturelle aussi, du sol français (8).

 
L’inachèvement et par conséquent l’instabilité des cours du haut Rhône et résultent de nombreuses considérations géologiques accumulées depuis de Saussure. En 1908, H,Schardt signalait l’existence d’un ancien bras (d’époque glaciaire) du Rhône, au sud de Fort.l’Ecluse, par Clarafond (à l’ouest du Vuache) et la vallée des Usses (Congrès intern. De Genève, t. II, p. 319, avec profil) (9). Cet ancien bras de Clarafond a été remblayé par le fluvio-glaciaire ( A.Souleyre, Mémoire III, 1923, v. p. 252 etc…). Dans son canyon actuel, le Rhône reste encore en plein travail, à la fois d’érosion et de remplissage. C’est un danger. Et il est d’autant plus d’irrationnel de s’obstiner à fermer les yeux sur les risques résultant - dans toute la région – de l’action des eaux souterraines et de la fissuration des roches (10), que les avertissements naturels n’ont pas manqué.
Le 3 janvier 1893, un grave éboulement survint dans le tunnel du Credo (Crêt d’Eau ou Crêt Haut) sur le chemin de fer de Genève, près de Fort l’Ecluse. Il avait été provoqué par la crue d’une résurgence est là sape continue de l’érosion souterraine. On trouva dans la conduite naturelle, des galets roulés absolument sphériques, preuve matérielle de la puissance mécanique de l’eau. J’en ai recueilli de presque aussi singuliers à Miremont, dans le Carso (cours souterrain de la Piuka les grotte Falkenhayn), à Bramabiau, au trou de Souci (Côte d’Or), etc…(Lenthéric a représenté ces boules dans son ouvrage : le Rhône.- V. Revue générale des chemins de fer, mars 1883 et mars 1885). Et l’accident s’est renouvelé, les 2 et 11 janvier 1900 (11).
 
De son côté, la Valserine, qui en sortant de la Michaille (12) tombe au Rhône dans une belle clue entre Bellegarde et Coupy, est singulièrement commnatoire aussi. D’abord, à 7 km. en amont de Bellegarde, dans un étranglement de sa vallée, la Valserine disparaître presque entièrement (comme le Tarn au Pas du Soucis) sous un gigantesque chaos d’éboulis (due peut-être à l’effondrement d’un ancien tunnel naturel). C’est là qu’on a construit (en 1909) le viaduc en maçonnerie du Pont des Pierres, pour le chemin de fer électrique de Bellegarde à Chezery (arche de 80m. de portée, haute de 65 m.).
Plus bas, en amont de Bellegarde, le phénomène naturel si pittoresque du  Pont des Oules est un véritable Lapiaz de rivière, ou de fond de vallée encore en voie de creusement (v.p.210). Il a été l’objet d’une belle étude (La Géogr., décembre 1903) de E. Chaix du Bois, qui a sondé ses gouffres et ses marmites (13).
Enfin, le 21 janvier 1910, il s’est produit aux confins du jura, à 5 km. Au nord-ouest de Seyssel, non loin de la rive droite du Rhône, un éboulement très singulier, qui faillit détruire un des plus jolis sites de l’Ain, la cascade de Dorches (14).
Il est vraiment nécessaire que tous ces faits (dont on pourrait multiplier les exemples) soient pris en considération par rapport au peu de solidité des parois du canyon du Rhône.
 
 
 
   

NOTES ET APPENDICES
(1) BLANCHARD (Marcel), Projet de canalisation du Rhône entre Lyon et Genève (1720). (R.géo-alpine, t.VIII,f°2). – La Géographie, fév. 1921.- Projets de 1720 et 1750 de Genève a Seyssel d’après deux documents des archives de Turin.- Th.TURRETTINI, Utilisation des forces motrices du Rhône. Paris, Baudry (Régularisation du lac Léman).
(2)  H.B.DE SAUSSURE, Voyage dans les Alpes, t.I, édit. De 1779, édit. De 1787, t. II, p. 401. – BOISSEL DE MONVILLE, Voyage pittoresque et de navigation exécuté sur une partie du Rhône réputée non navigable, in-4°, Paris, an III, 158 pages, 1 carte et 17 planches. – Abbé J.MARTIN, Rev. De Géogr., t. IV,1910, p. 78. – REVEVIER, Mémoire géologique sur la perte du Rhône, in – 4°, et pl. Genève, 1852. – Général BOURDON, le Canyon du Rhône (Bull. Soc.Géogr., 1er trimestre 1894, p.70 à 134, 7° série, t. V). – H. SCHARDT, Eclogae geologicae helveticae, 1900. – JAYET (Adrien), Etude stratigraphique de la Perte du Rhône, 16 p. Genève, 1925.
Depuis longtemps on a expliqué le phénomène par l’existence, en profondeur, de couches moins résistantes et de fissures, travaillés par l’érosion tourbillonnaire (v. la belle pl. de DESSAIX et X.EYMA, Nice et Savoie, II. p. 44, 1864, avec brève mais exacte description). – J.VALLOT, Les Marmites de géants, v. p. 39).
La suppression ou de tout au moins l’insignifiance de la perte sont énoncées à tort, dans : MARC LE ROUX, Guide de la Haute-Savoie, Paris, Masson. 1902, p. 16 ; - Guide JOANNE, de Bourgogne, Jura, etc. (édit. 1909 ; rectifiée maintenant d’après mes données) ; - E.GRANGIER, Merveilles de la France, Hachette, 1913, p.316 et 321, etc. A corriger aussi un article de la Revue T.C.F., de juillet 1914, p. 310, etc.
(3) J.OLL., 6 avril 1904, p. 2157 et 25 avril 1912, p. 4008. – Spélunca, n°37, p. 228. – Nature, 1878, 22 mai 1909 et 1921, 17 février 1912. C.R. Ac. Scie., 8 janvier et 23 décembre 1912. -  Soc. D’agr. Scie. Et industrie de Lyon, Conf. Du 8 novembre 1911. – La Géographie, 15 mai 1912, p. 385 et 15 mars 1914 avec bibliographie et plan original au 20 000°. – La Montagne (Revue du Club Alpin) décembre 1912. – Le Conseiller des Touristes, octobre 1918.
(4)  En réalité, la fissuration et l’érosion combinée donne la clé du célèbre phénomène. Il présente une complète analogie d’origine avec certaines rivières intérieures, dans les diaclases du calcaire. En profondeur, les strates compactes n’ont pas été partout emportées ; par endroits il en subsiste des fragments, conservant d’une paroi à l’autre la continuité de la dalle résistante ; ces témoins en place, véritablse ponts, ignorés parce qu’ils sont submergés, ne peuvent être que sporadiques, comme ceux reconnus dans les profils de la rivière souterraine de Padirac ; en somme, ni une perte totale, ni un siphon proprement dit.
E.FOURNIER a parfaitement reconnu que le Rhône «disparaît là dans une fente des calcaires urgoniens » (Rhodanien) au fond d’un synclinal (Excursions dans le jura en 1910 et 1912, Besançon, 1913).
Il en résulte que la perte du Rhône deviendra une cluse proprement dite, seulement le jour où le lit du fleuve ce sera suffisamment approfondi en aval, pour abaisser le plan d’eau dans la fissure, et pour créer une vraie chute sous le pont de Lucey, disposition qui se trouvent déjà réalisé par la Linth (canton  de Glaris, Suisse), à la Pantenbrücke.
En 1894, le général Bourdon écrivait déjà: « les accidents locaux ne doivent plus être conforme aux descriptions de Boissel… » « ses au jugé qu’on a fait la carte du fleuve. Le lit n’en a pas été coté. »
Très approximativement, c'est-à-dire au simple baromètre altimètrique, j’ai relevé le profil en long du cours du Rhône du pont de Lucey jusqu’à Génissat. Il en est ressorti les constatations suivantes :
Profil en long. – le canyon, de Bellegarde à Pyrimont s’est encaissé de 30 à 140 m. et sinueusement, sur 12 km. dans les grandes diaclases du calcaire urgonien, élargit et  approfondie par l’érosion (mécanique), la corrosion (chimique) et la pression hydraulique du cours d’eau. Son profil en long et encore bien loin de la courbe théorique (v.p. 13). – La pente du fleuve est de 2,609 pour 1000 de la frontière Suisse à la chute de la perte du Rhône ; - de 4, 875 pour 1000 de celle –ci à Génissiat (3.75 pour 1000. Si l’on déduit les 9m. de la chute ; mais 6,545 pour 1000 du sommet de cette chute au pied de celle de la Glière) ; - les de 0,714 pour 1000 seulement de Génissiat à Pyrimont. – C'est-à-dire qu’entre les mollasses d’amont et les alluvions d’aval, les bancs les plus résistants des calcaires urgonien imposent encore au profil du Rhône une bosse et des accidents irréguliers. Pour le fond du lit, les sondages de 1909 à 1911 ont révélé les faits représentés par la figure, faits que les caprices de la fissuration des calcaires explique tout naturellement.
En résumé : 1° le Rhône, à sa perte, s’engouffre dans une grande diaclase du calcaire (profonde de 60m.). 2° le fond du lit présente la plus grande irrégularité ; 3° de seuils rocheux résistants ont créé la cascade de la perte et le rapide-chute de Malpertuis, celui –ci suivi d’un second rétrécissement du Rhône dans une diaclase (28m. sondé sans compter les alluvions probables). 4° à l’aval de Malpertuis, l’atténuation de la pente et l’élargissement du thalweg ont fait passer le cours d’eau de la phase transporteuse à la phase déposante ; ainsi les graviers, galets, etc. Se sont accumulés au fond du lit jusqu’à 27 m.60. Donc le canyon du Rhône, encore en pleine évolution efforts loin de son achèvement : c’est un grand péril pour les projets de grands barrages puisque le fleuve travaille toujours. Enfin, il est très nettement évident que, jadis, le Rhône a coulé 60 à 80m. plus haut, sur le plateau (couvert de ses alluvions) qui porte Bellegarde ; ses anciens lits et terrasses sont visibles jusqu’à Genève.
Comme on a contesté les déductions tirées de mes observations sur ce profil, je me croire autorisé à reproduire l’appréciation de M. Ch. Lallemand, directeur du nivellement général de la France : » depuis, le service de nivellement général de la France a eu l’occasion de déterminer l’attitude d’un certain nombre de points accessibles du canyon, ce qui a permis d’en dresser un nouveau profil… Dans l’ensemble, la concordance est remarquable : le plus grand écart, inférieur à 4m., Se manifeste à la passerelle d’Arlod : il ne dépasse d’ailleurs pas l’erreur possible des déterminations baromètre et que ».(Comm.Man., 16 mai 1921). (l’erreur d’ Arlod vient de ce que je n’est plus que évaluer la hauteur de la passerelle au dessus du courant.)
(5) La question des zones franches de Gex et de la Haute-Savoie, établies au profit de Genève par les traités de Paris (20 novembre 1815) et de Turin (15 mars 1816), acceptées par la France en 1860, a donné lieu à de grandes complications diplomatiques (le traité de cession de Nice et de la Savoie à la France et du 24 mars 1860 ; le plébiscite d’annexion du 22 avril ; la prise de possession du 14 juin). Une convention franco-suisse du 6 août 1921, mise en vigueur par la loi française du 16 février 1923 et le décret du 10 octobre 1923, fut repoussée par un référendum du peuple Suisse, c'est-à-dire par la majorité est pro-allemande (400 000 voix contre 90 000), le 18 février 1923, et par notification du gouvernement fédéral du 19 mars 1923. Le 10 novembre 1923, le gouvernement français fit néanmoins occuper la frontière par ses douaniers. Pour sortir d’une situation inextricable, un compromis du 30 octobre 1924 convainc de renvoyer la France et la Suisse devant le tribunal d’arbitrage., Ont choisi, pour ce rôle, la cour permanente de justice internationale (à La Haye). Mais, au début de 1927 cette convention n’était pas encore ratifiée par le parlement français (v. Documents parl., 1926, projet de loi 1816 et annexe n° 3151,Ch. Députés, 7 juillet 1926. J.OFF., p.990). Les pourparlers continue, mais la tension semble diminuer car, à la fin mars 1927 la Suisse a consenti à l’abrogation de la neutralité de la Savoie du nord.
Il ne faut pas oublier qu’en 1914, la Suisse invocat les traités de 1815 à 1816, pour obliger la France a supprimer et déménager, au grand désespoir de nos infirmières, les ambulances qui avaient été coûteusement les utilement organisées à Evian.
(6) V.dans La Nature, n°1685 (9 spt.1905, article de J.Corcelle, p. 233), une vue du confluent du Rhône et de la Valserine, en 1875, avant les travaux.
(7) A bien plus grande échelle, Stanley (en 1876-7) rencontra des cascades latérales se précipitant ainsi dans les parties et encaissées du Congo (A travers le continent mystèrieux, 1874-77 Paris 1879),v. aussi les raccordements des affluents latéraux de la Durance (p.217).
(8) Voir la note 15 pour le résumé des projets d’aménagement du Rhône – des controverses relatives au barrage, - et de la bibliographie.
(9) L’étude de ses alluvions et de son dévolution a été reprise par DOUXAMI, C.R. Ac.Scie., 4 mars 1908 et Bull. carte géolg.France, n°81, in-8°,22p., 1901-W.KILIAN, Histoire du Rhône pléisticène ( Zeitsch. Fur Gletscherkunde, t.  VI, 1911,p. 31).  C.R. Soc Géolog., 2 mai 1921. – L.DONCIEUX, Ancien passage du Rhône à Clarafond (Bull. carte géolog., n°140, p.56 et 151,1924, p. 123, et C.R. Ac. Scie., 18 juillet 1921). – LUGEON et VILLEMAGNE, C.R. Ac. Scie., 10 janvier 1921, 1er sem., p. 109. Ceux-ci avait exagéré l’épaisseur du remplissage, d’après kilian, qui croit la roche en place à 15 m. ou 17 m. de profondeur et considère ce bras comme le prolongement d’une ancienne Valserine,etc…
Notons une fois de plus l’emploi des termes impropres deux » corrosion mécanique » (v. p. 58) encore appliqués ici au creusement du Rhône par E.DE MARGERIE (La Géol. Dans la science française, Paris, Larousse, 1915), candice que L. W.COLLET, DELEBECQUE (Les lacs, p. 316) appelle la corrosion » érosion chimique » (v. chap. I, note 12) est que A.ALLIX parle même de « corrosion » sous- glaciaire. Comment parvenir à se comprendre ?
Rappelons-le intéressant travail de BAEFF, les eaux de l’Arve, érosion et transport des rivières torrentielles, Genève, 1891.
(10)Sur les accidents dus à la fissuration des roches, (v. p. 77) (Gorges du    Loup), Nature, 2162, 26 avril 1924, Catastrophe d’Almafi.
(11) Au moment où l’express de Bellegarde s’engageait sous le tunnel, au kilomètre 128, la voûte s’est effondré, et un éboulement de 150 mètres environ s’est produit, tombant sur la tête du train. La machine, le fourgon, le wagon poste et deux voitures déraillèrent. Il n’y eut que deux blessés, grâce au sang-froid et au courage du mécanicien Laporte qui, aussitôt son train stoppé, traversa, au péril de sa vie, l’éboulement pour prévenir un train de marchandises venant de Genève et qu’il allait croiser. Le 2 janvier on estimait à 15 m3 les blocs tombés. Le 11 janvier, une nouvelle chute de roches eu lieu plus considérable encore : la masse des éboulis évalué à 200 m3 obstrua le passage complètement. Il n’y eut, fort heureusement, aucun accident de personnes (Le Matin, des 3 et 12 janvier 1900).
(12) De la Valserine à Seyssel la rive droite du Rhône et le petit pays de Michaille, AU pied de la longue crête (Crêt du Nu, 1534 m. ; Grand Colombier, 1534m.) Qui le sépare du Val-Romey et de la vallée du Séran (aux sous-solx complètement inconnus).
(13) Sa largeur au point où on le traverse et de 41 m. La Valserine, en 1889, recouvrit de plus d’un mètre la passerelle. Un des sondages a donné :
Au dessus de l’eau, 10 m. 80
Dans l’eau sans toucher le fond, 15 m.
Donc, sans atteindre le fond, 25 m. 80
Il y a deux petits canyons juxtaposés (l’un continuellement en activité, l’autre intermittent), et des centaines de marmites (de 0 m.05 à 4 m. de diamètre et de 0 m. 05 à 6 m. et plus de profondeur), présentant tous les degrés de développement ; « c’est le parfait musée de l’érosion mécanique ». Nulle part, on ne peut mieux se rendre compte de la formation progressive des séries de marmites contigües en une gorge continuer.
Dans une marmite à grosse « meule », on voit que le sable, en tournoyant, a arrondi un bloc immobile. On note aussi les marmites inachevées, en « fond de bouteilles ». En résumé est comme au Verdon, c’est bien l’érosion tourbillonnaire qui a prédominé au Pont des Oules (V.p. 39).
Sur ce point, les traités de géographie physique ont tort de ne pas rappeler le phénomène du même genre, créée par les rapides et cascades du fleuve Orange (Afrique méridionale) au lieu-dit des Cent Chutes. Il y a là, sur 26 km. De longueur, un formidable lapiaz de rivière, avec canyons et cascades,clues et rapides, pertes et résurgences. Il a été décrit en détail par Farini (Tour du Monde, 1886, 2°sem., liv. 1352).
(14) A 9h30 du matin, une masse de terrains argileux néocomiens s’ébranla (entre Orbagnoux et Dorches) dans la direction d’une cascade curieusement encorebellée. A 11h00, le glissement s’arrêtait, heureusement, avant d’avoir comblé la cuve d’érosion excavée au pied de la tour ruinée. Sans faire de victimes, le phénomène forma une immense crevasse, qui bouleversa toute la topographie locale ; une grande route fut coupée est déplacée ; et divers supports métalliques de transmission de force électrique tombèrent dans la crevasse, large et profonde de plusieurs décamètres.
A la fin de ton 1910, la crevasse commençait à se recombler. Le cube des terres déplacées a été évalué à 300 000 m3. Il est certain qu’une source a dû provoquer le déblaiement d’assises argileuses, puis le déplacement des terrains qu’elles supportaient. Ceci témoigne de la puissance destructive des infiltrations souterraines, et des modifications qu’elles peuvent apporter à la surface du sol même à l’époque actuelle (v.p.75, Roquebillière).
(15) Résumer tous les projets qui ont été conçus pour utiliser le « Haut Rhône français » ce serait édifiée une montagne de chiffres et noms fastidieux. La bibliographie seule remplirait des pages. Rappelons tout au moins (depuis 1900) :V.CAMBON, Forces motrices du Rhône captée à Bellegarde (Ann. Soc. Agricult., Lyon, t. IX. 1902, séance du débat 9 mars 1900)  et Nature, 1785, 9 septembre 1905 (Projets Garcia, Planche), etc.
- BLONDEL, HARLE, MAHL, La Houille blanche, janv. Et avril 1907, mai et novembre 1908. – BLONDEL, DE LA BROSSE, TAVERNIER, HENRIET, ARMAND, A.F.A.S.,1908,p. 3. Ville de Paris, « Rapport sur le projet de Génissiat », 1908. –L.JACQUINET, Les intérêts de la région de Bellegarde, Bellegarde, 1910. – LUGEON et DE VALBREUZE, La houille blanche, juillet et août 1911. – WAHT, idem, décembre 1911, etc. – MAHL, Congrès de navi. Intérieure de Lyon, 1921 (juin). – MAUVERNAY, COUTAGNE, MARTEL, Trois conférences à la Société d’Agriculture scie. Et arts de Lyon, 8 novembre 1911.- L.ARMAND, Navigation du Rhône (Ann. Ponts et Chaussées, n°70, 1911). – ROCHET et LUGEON, Conférence du 13 mars 1912 à Zurich, avril 1912. – M.LUGEON, Etudes géolog. Sur le projet de barrage du Haut Rhône (Mém.,Soc. Géolog., 20 Août 1912). – A.SOULEYRE, Revue scient., 18 et 25 janvier, 1er et 8 février 1913. – J.LEVAIVILLE, Ann. Géogr., 15 janvier 1914, (favorable au projet de Génissiat). – V.CAMBON, La France au travail, 15 janvier 1914 (Défavorable à Génissiat). – A.ROUSILHON, L’utilisation du Rhône.Paris 1914. – MARCELLOT, MONOT, FAGET et COULON, Projet de tunnel rive gauche. Paris, sans date, 1913. – Depuis la guerre, les rapports et publications ont foisonné : L.BORDEAUX, L’ aménagement du Rhône. (Revue des deux mondes, 1er mai 1921). – La question du Rhône in-8°, Paris, Paget, 1920. – Propositions du comité d’étude du Rhône au minist. des travaux publics. (MAILLET, DE LA BROSSE, ARMAND). – Lèon PERRIER, L’ aménagement du Rhône. RapportS au conseil général de l’isère depuis 1918 et Annales de l’énergie, Lyon (mars-avril 1921, très clair résumé), etc. –P.BOUGAULT, Législation de cours d’eau, divers ouvrages, 1902-1921. – A.LORBERT, La France au travail (Région de l’Est), Paris 1926.
Il y a eu trois catégories de projets mis en avant : 1° les barrages-réservoirs ; 2° les dérivations latérales ; la combinaison (mixte) des deux premiers.
1er BARAGES-RESERVOIRS. – 1° L’ancien projet , Planche en prévoyait deux : l’un de 36 à 38 m. sur fond de roc, à l’amont de la Perte du Rhône, l’autre de 25 m. 43 à l’amont du Pas de Malpertuis. Deux chutes de 45m. et 24m. seraient ainsi fournies à deux groupes d’usines (Projet dit des Deux Biefs).
2e Barrage unique de 100 m. 10 de hauteur totale à Génnissiat (dont  31 m.10 de fondations dans 3 m.50 d’eau et 27m.60 de matériaux meubles d’alluvionnement ; 120m. de largeur au sommet et 40 à la base). Projet (Blondel,Harlé, Mahl). Un seul groupe d’usine, chute de 69m., bief de 23 km. Jusqu’à la frontière Suisse, 38 ha. Et 50 millions de m3 à l’altitude de 263-332m. Noyant le Cnyon et la Perte du Rhône.
3e Barrage unique de 68m. (fondations comprises) en amont de Malpertuis ; noir est encore la Perte est la moitié du Canyon.
II. – Les propositions de dérivations sont nombreuses.
CROLARD (1910), de Collogny à Pyrimont, tunnel de 8 km. abandonnant la navigation ; MAILLET (1919), Génie Civil, 1er sem., 1920, sous Semine, deux tunnels de 2 k. 6 et 8 k. 5 navigables ; RIPERT, Génie Civil, 25 septembre 1920, par Clara fond, Vangy, les Usses, très complexe ; - X…, Dérivation Grésin-Monthoux. Génie Civil, 4 février 1922. – J.BOUDET, Dérivation Grésin-Monthoux (Vie technique industrielle, octobre 1922) et divers autres (Marcelot, Monnot, Faget, Couton). On leur a fait à tous des objections tirées de la nature des terrains à traverser. Elle tomberont si l’on veut bien renoncer à la navigation.
Déjà l’usine-barrage de Chancy-Pougny à la frontière franco-suisse, alimente, depuis 1925, l’usine de la Plaine, en amont (Suisse) et celle des Etournelles, en aval. Le barrage été construit (1920-1924) par la maison Locher et Cie (de Zurich).Il a 51 m. de hauteur, fondations comprises, et permet d’évacuer des crues de 1800 m3 (Génie-Civil, 5 juillet 1924). Ce barrage du moins n’abîme rien là il pourrait préluder au système de dérivations pour la région d’aval. – L.VENNIN, Bull. Soc. Ing. Civils, avril-juin 1924 et Revue génér. Médic., 12 juillet 1924.
Rappelons aussi qu’on a percé en 1925 avec succès un tunnel de dérivation du Doubs, de Grosbois à Saint-Hippolyte, donnant 38 m. de chute, à 18m3 par seconde  (Renseignements de E.Fournier).
III.- Dans le type mixte, mentionnons les projets Souleyre (1920), barrage de 26m.60 en amont de la Perte du Rhône, tunnel de 4700m. du Pont de Grésin à Génissiat ; pas de navigation.
Maillet, Souleyre, Maître: dérivations et plusieurs petits barrages (de 14 à 17m.), à réaliser par étapes, avec navigation ultérieure éventuelle et réservée, « la voie naturelle passant incontestablement par la Saône » (p.252). Si le système des barrages devait l’emporter, le premier projet (Bellegarde et Malpertuis) est certainement plus sûr, plus conservateurs que Génissiat est tout aussi utilitaire, avec ses de retenue. A un dixième près, cette subdivision en deux paliers fournira la même force hydraulique ; elle coûtera à peine la moitié de Génissiat. On aura deux groupes d’usines au lieu d’un en cas d’accident ou de chômage.
Et elle permettra, notamment, la conservation du Canyon et de la Perte du Rhône, est l’aménagement du bief de Malpertuis-Arlod pour la visite en bateau (comme roulade de Chaxaillon sur le Doubs), entre Malpertuis elle confluent de la Valserine, parcours actuellement impossible. On ne submergeraitque les pieds des cascades de Chantavril et de Nant-Poé. Ce bief de Malpertuis et le seule qui puisse fournir une modification heureuse ; des sentiers sont faciles à établir à l’aval de Malpertuis dans le fond. Ainsi on réalisera l’aménagement du Canyon. Si l’on ajoute que les belles conceptions électriques de M.Blondel sont intégralement applicables aux projets des deux barrages, on devrait rationnellement conclure que son exécution serait préférable à celle de Génissiat.
Aux Etats-Unis, le grand pays des monumentaux travaux hydrauliques, la discussion ne se serait même pas soulevée ; car les américains ont le talent de concilier à la fois la protection de la nature et le développement des industries. Il y a longtemps que, chez eux, la perte et le canyon du Rhône eussent été déclarés parc national et que cela aurait dû être fait chez nous.
Quant à l’exécution du second projet  (Génissiat) elle serait une pure folie. J’ai, a bien des reprises, expliqué en détail comment la fissuration des roches encaissant le canyon (dont j’ai accumulé les preuves), les sous pressions, des éboulements fréquents des falaises, les crues subites du Rhône (par l’Arve), permettent de prédire la rupture de l’ouvrage, suivie de ravages étendus bien loin à l’aval. Ce serait commettre la plus périlleuse imprudence, que d’asseoir ce  barrage sur 27m.60 de galets, graviers et sables, dans une vallée aussi peu achevée, aussi évoluante encore, que le Canyon du Rhône. On ne pourra ni décaper, ni opturer entièrement les anfractuosités du fond pour bien enraciner l’ouvrage. Il restera des fuites qui le feront céder tôt ou tard. Et alors la vague subite de 50 millions de mètres cubes mis en débâcle propagerait sans doute jusqu’à Lyon la pire des catastrophes.
Boissel l’avait déjà dit, ajoutant : « qu’il faudrait abandonner l’idée du barrage du Rhône si l’on ne trouvait un moyen de se rassurer pleinement sur sa solidité » (Mèm. de 1795, p. 125).
M.L.Perrier a reconnu la complexité de la solution des barrages, dans une gorge à «  rochers supposés compacts et étanches » est sujette à alluvinnements. Il requiert aussi la sécurité des populations d’aval, qu’il ne faut pas livrer « à une aventure ».
Sans parler de Bouzey(27 avril 1895 ; alerte de 1884) ou la fissuration ne fut pas en cause, la liste est longue et des catastrophes récentes dues aux ruptures : Hauserlake sur le Missouri, 14 avril 1908 ; Huelva, Espagne, 13 janvier 1911 (onze morts) ; Austin, Pensylvanie, 30 septembre 1911 (plus de 150 morts) ; Weisse Desse (Bohême) le 28 septembre 1916 (haut, 14 m. 16) (3 à 400 000 m3) ; au lac Stanley (N.de Denver),haut. 34 m.50, 1908-12 ;  affaissement en 1914-18 ; par suite d’infiltrations (Annu.Ea. etF., 49, 1917-18, p.531 et 540). Digue de Lindcoln (Angleterre), fin mai 1920. Digue de la vallée de Conway (Pays de Galles), 2 novembre 1925 (lâche subitement 4 millions de mètres cubes). –  La rupture de celui du Gleno à Dezzo, près de Bergame (Italie) fit de 600 à 700 victimes (30 novembre-1er décembre 1923). V.CH.DANTIN, Rupture du barrage de Gleno (Genie Civil, 12 avril et 18 octobre 1924, Ann. E. et F., facs. 54, 1924 (1926), p. 141, avec biblio). Le sinistre fut dû surtout à l’insuffisance des calculs les aux défectuosités de maçonnerie (rapport Stucky). Ce barrage-voûte n’avait que 27 mètres de hauteur et faisait une retenue de 5 millions de m3 seulement. Commencé en 1920, il fut rempli le 22 octobre 1923. Le béton étaient mauvais et les provoqua des infiltrations, etc. Et le rocher de fondation était trop lisse (serpentine polie) est incliné vers l’aval. Le barrage fut insuffisamment ancré, etc. (Nature,2612, 26 avril 1924) (Catastrophe d’Amalfi) –  Plus anciennement, la digue de Lorca (Murcie-Espagne) montre encore son énorme trouée de rupture 1802 (V.E.RECLUS, Géogr., t. I, p, 780). En 1925 la gelée détruisit le barrage-voûte du lac Gem (Californie) imprudemment édifié en 1916 à 2760m. d’alt. et est soumis à des températures de -26° (Génie Civil, 19 sept. 1925).
Au XIIIe siècle avant J.-C., le roi Lockman construit une digue réservoir immense en amont de Saba (Arabie Heureuse, Yémen) ; la reine Baleyz (Balkhis de Salomon) la fit agrandir. Au IVe siècle de notre ère, la digue se rompit brusquement et Saba fut complètement détruite. Toute la région fut ruinée (GLASER, Saba, 1883-1888 et M.LAMARE, Géogr., juin 1924).
La plupart du temps, les infiltrations soit dans l’ouvrage, soit dans les rocs, d’assiette et d’appui, ont causé les sinistres tout à fait évitables.
Il y a longtemps que Maurice LEVY signalait ( C.R. Ac. Scie., 5août 1895) le danger de la sous-pression des eaux pénétrant dans les fissures de la maçonnerie.
On a eu tort de qualifier cette appréhension de « crainte excessive ». D’autant plus qu’on reconnaît  « qui est rare que le terrain d’assiette soit parfaitement étanche ». (Ann. Diret. E. et F., fasc 53, 1923, p. 117 et 135). Ceci est l’ absolue vérité. Et l’on n’a pas tenu suffisamment compte du fait très curieux, que j’ai signalé en 1912 à propos du remplissage du barrage de Roosevelt (Arizona). Ce remplissage a purement et simplement déplacé des sources thermales qui, jaillissant jadis à l’amont, sourdent maintenant à l’aval de l’ouvrage (C.R. Ac. Scie., 23 déc. 1912). Quel sera le résultat de la future érosion souterraine de ses eaux chaudes ?
DE LAUNAY, Géologie et minéralogie (1922,p.295-299) a mis en garde contre les barrages imprudents. CREAGER, Construction des grands barrages en Amérique (Paris, Gauthier-Villrs, 1923) s’inquiète de l’imperméabilité du sol des fondations. V. aussi E.BELLOC, A.F.A.S., Bordeaux, 1895.
En 1920, la société électromécanique de Paris élabore un nouveau projet de dérivation « par crainte d’une rupture possible des barrages » (Bull. Soc. Hist. Nat. Savoie, t.XIX, 1919-21, p.44).
Le géologue savoisien Revil est favorable au système de la dérivation ; il redoute l’ensablement en amont d’un barrage élevé, parce que le canyon est encore en voie de formation. Et il rappelle que l’ingénieur Gotteland « a toujours craint que sous la pression de 70m. d’eau, les barrages ne soient pas complètement étanches » (Bull. Soc. Hist. Natu. Savoie, t. XIX, 1919-21, p.44).
En outre, ont discute âprement sur les avantages respectifs des barrages-poids (pleins) et des barrages-voûtes (évidés). Feuillet et Touche ont étudié les grands barrages aux Etats-Unis en avril-JUIN 1921. (dont 12 mauvaises fondations). Ann. E.F.,fasc. 52, 1921.22, p.179-224, p. 512, etc. GARNIER, Les barrages (Vie technique et industrielle, avril-septembre 1924), estime que les barrages-voûtes ne sont économique qu’au dessous de 40 m. de hauteur (Géni Civil, 22 nov. 1924). – Ch. RABUT, Conditions de sécurité des barrages massifs (C.R. Ac.Scie., 5 et 12 mai  1924) a annoncé que  « la rupture d’un barrage se produit presque toujours autour d’une charge à laquelle il avait résisté » (C’est ce qui arriverait pour l’ardèche). Il répète que le principal danger est bien celui des infiltrations provoquant les sous-pressions de Maurice Lévy : « le péril est surtout pour la face aval ». « les désastres dont se compose l’histoire des barrages massifs, concourent à établir que l’infiltration est une maladie mortelle pour ce type d’ouvrages ». Ses efforts « sont beaucoup plus étendu, plus dangereux qu’on ne le supposait ». E.BATICLE, Les barrages à voûtes multiples et la sécurité (Génie Civil, 12 juillet 1924) dit que « les barrages-voûtes ne présente pas les garanties de sécurité théorique voulues ». Ils sont moins solide que les barrages massifs – gravité – poids. On y tient pas compte des sous-pressions de Maurice Lévy. D’ailleurs la circulaire du 19 octobre 1923, Min Tr. Pu. « d’un américanisme très prononcé », a même tendance « avec de prudente réserve » (Instructions et règles à suivre pour la construction des barrages de grande hauteur,Paris, L.Eyrolles, 1923, 48p., 2 fr.50). On veut rejeter la règle de Maurice Lévy à cause du surcroît de dépenses qu’elle inflige. Mais il faut absolument tenir compte des infiltrations. Elles sont dangereuses dans beaucoup de terrain pour les barrages-voûtes eux-mêmes, surtout sur radier. Stucky et Bolomey ont même compté les effets de la sous-pression parmi les causes de la catastrophe de Dezzo, survenue pendant ces controverses. Elles auraient bien dû assagir les promoteurs – techniques et aussi bien que financiers, - de toutes les conceptions périlleuses qui ont suscité le conflit aigu du « procès des grands barrages ». – C.GUIDI, A.F., A.S., Grenoble, 1925, p.184.
En Suisse même, on avoue que les retenues gérante du Wäggithal (Schwyz, au sud-est du lac de Zurich), de Barbeline, du lac Ritom (1835 m., 5 prise à 1802 m.), ont donné lieu à des mécomptes. S’ilscèdent ils emporteront des villages et « l’alluvionnement finit par tuer l’ouvrage ». (P.Girardin, Rapport sur le prix Marcel Benoît au Pro. A.Heim. en 1924). – H.SCHARDT, Géol. Verhältnisse des Stau-werkes Wäaggithal (Eclogae Helveticae, n°4, de 1924 ; barrage de l’Eng-Pass, haut de 68 mètres (109m. avec les fondations); 140 millions de m3 ; gêné par une faille, des grottes, émergences, résurgences, sous écoulement, trop-plein d’eau, etc., dans le crétacique). V. Génie Civil 16 et 23 mai, 4 juillet et 19 sept. 1925.
Aussi l’Espagne et l’Italie entrent-elles maintenant dans la voie de réalisation plus prudentes 8v. E.IMBEAUX, Ann. E.F.., fasc et au.47, p.359). Bref, il est patent que les optimistes n’arrivent pas à calmer les craintes manifestées. Au surplus, P.LEVY-SALVADOR (Hydraulique, barrages, chutes d’eau pour l’énergie électrique, 3° édition. Paris 1914) a expliqué qu’ « en France surtout, il y a fort peu d’emplacements favorables ».
Supposont maintenant que nous appréhension soient exagérées sur la solidité de l’assiette de barrage de Génnisiat, - sur les sous-pressions, - sur les perturbations apportées par la démolition des rives en amont, -  il subsistera toujours un autre irréfutable argument contre un aussi haut barrage en cet endroit : celui du colmatage rapide de la retenue, à cause surtout des apports de l’Arve. M.Coutagne a calculé que quatre-vingts à quarante ans pourraient suffire pour combler le bief (v. p.41, le colmatage de Qinson sur le Verdon et p. 19 celui d’Avignonnet sur le Drac).
Car on ne pourrait, à Génissiat, mettre les vannes de purges qu’à 35 m. sous l’eau, s’est à dire à mi-hauteur. De plus, on a pas réfléchi qu’une réserve de 50 millions de m3 est vraiment trop faible pour la dépense engager.
Aux Etats-Unis, le barrage la rivière Shoshone (100m.10 de hauteur, dont26m.42, de  fondations ; 61 et 18m50 de largeur seulement emmagasine onze fois plus d’eau (563000000 m3 sur 2700 hectares)(V.Annu.Direct.E. et F.,fasc.53, I.N, 1923, p. 114 et s.).Celui d’Exchequer Dam, 336 millions de m3 avec 100m.65 de hauteur totale.
La Roosevelt-Dam (Arizona) haute de 97m.53 (dont 10m.97 de fondations). Près de trente deux fois plus (1584 millions m3), parce qu’elle est à l’aval d’une grande surface submersible, il est vrai qu’aux Etats-Unis, l’immense étendue des espaces inhabités, désertiques même, a laissé le champ libre aux vastes submersion. C’est ainsi que les grands barrages de Croton et Ashokan (pour les eaux de New York), de Roosevelt et de Shoshone (pour l’irrigation des déserts) n’ont rien noyer de regrettable.
M.La Rue propose même sur le Colorado à Lee’s Ferry, au confluent de Paria River, entre Glen et Marble Canyons, un barrage de 212m. de hauteur et 320m. de largeur, avec retenue de quarante milliards de m3 et transfert de force é 400 km. En Californie (Kirk-Bryan, J.of géolog., Chicago, août-sept. 1922). C’est au pays désertique des Navajos. (V. aussi Génie Civil, 2 février 1925.).
Le territoire français ne permettent pas de réaliser des mégalonies de ce genre. L’Allemagne s’y prête mieux, puisque le barrage de l’Eder (canal du Rhin à la Weser), avec 50m. de hauteur, retient 170 à 220 millions de m3. Le barrage de Fortore projeté en Italie méridionale avec 75 m. de haut, retiendrait 410 millions de m3 (E.IMBEAUX, Ann. E.F., fasc. 47, p. 370).
Celui du Nil à Assuan accumule 1600 millions de m3. On en projete un autre de 4000 millions de m3 en amont de Karthoum. Dans le « Nord-Este) Brésilien on a créé plus de 250 réservoirs, d’irrigation, 200 000 à 200 000 000 de m3. En 1924 on a établi celui d’Oros, sur le rio Jaguaribe (Tara) actuellement le plus grand lac artificiel du monde, -  avec 3200 millions de m3 ; -  par un barrage de 52 m. de hauteur seulement. Quatre autres ouvrages moindres créent de biefs de 900 à 1500 millions de m3 -  Avec 26m.80 de hauteur seulement, celui de Quexodor emmagasine 190 millions de m3 (L.MARTIN, Nature,2761, 15 mai 1927). Voilà des retenues imposantes, qui font sourire devant les 50 millions de m3 de Génissiat, et surtout devant l’ erreur flagrante, irréfléchie, - de placer des barrages à l’aval des rétrécissements de gorges (comme on le projette aussi sur l’Ardèche). On obtient pas un remous assez volumineux. Sous ce rapport, les projets de Crejuan (v. p.41),Sainte-Croix du Verdon, Serre-Ponçon (p.201) était satisfaisants. Ceux du Rhône français ne verrouillent que des « étroitures ». Celui du Sautet (p.19) est parfait.
M.L.Perrier a même déclaré que  « la solution pratique du problème ne saurait résider dans la création de biefs artificiels, dont la capacité utile sera forcément restreinte », et « qui ne seront jamais que des réservoirs de pointe ou de compensation quotidienne ». (Alors, il ne justifieront ni la dépense, ni le risque, ni le dégât.). Et il évoque « l’aménagement rationnel du lac Léman ».
Pour Génissiat, enfin, la dépense serait prohibitive. D’autant plus qu’il ne semble pas que les évacuations aient prévu les indemnités d’expropriation, a alloué aux villages, biens et cimetières, submergés à Essertoux (noyé sous 11 m. d’eau). Arlod, Bellegarde et Coupy, jusqu’à la cote 332. Pas plus que le coût des réfections de viabilité entraînées par la suppression du pont de Lucey. – Mon plan publié en 1914 au 20 000e et réduit ici au 58 000e a donné la courbe approximative de 332 m., qui délimite la zone (trop étroite pour être efficace) de submersion. Comme infime contrepoids envers tous ces arguments formels, on n’a pas craint de faire état, en faveur de Génissiat, de motifs spécieux, fort aisé a réfuté. On indique que « ce barrage transformerait en un lac navigable de 23 km. les gorges autrefois inaccessibles et dont les beautés sont loin de valoir celle des gorges du Tarn ». On ajoutait que le « lac ainsi formé constituerait par lui-même une beauté pittoresque  beaucoup plus visitable et tout aussi attrayante, unique en son genre en France ».
Il faut s’inscrire en faux contre cette fallacieuse argumentation, qui cherche à donner le change, et fait preuve d’une complète méconnaissance des lieux. Des chiffres de mon profil en long du canyon du Rhône (v. note 4) il résulte que lac de  Génissiat, loin de créer une beauté pittoresque, noierais ce qu’il y a de vraiment beau, le fond lui-même. Les falaises de la Glière n’atteignent que la cote 400 à 405, le niveau du bief serait de 332m. et le Paradis se trouve à 265 m. Donc, au point le plus creux, la moitié de la gorge serait submergée (jusqu’à 13 m. en dessous de la voie ferrée qui est ici à 345 m.12).
Il n’en resterait que la partie élevée, la plus évasées est la moins curieuses. Il se pourrait même que la solidité du remblai de la voie, entre les deux tunnels de ces parages, en fût compromise. Ceci concerne la compagnie P.-L.-M.
 A l’amont, ce serait pire, parce que, à son début, le canyon est moins encaissé. Au droit de Malperthuis (272m.), la falaise n’a plus que 353 à 382m. d’altitude, il n’en subsiste serait donc que 21 à 50m. d’émergés (au lieu de 80 à 110m.). Aux cascades Chantavril (367m. au sommet) et de Nant-Poé, tout le canyon serait sous l’eau, y compris de cascades (submergées de 25 et 28m.). Arlod, Essertoux (11m. d’eau), une partie de Bellegarde et la perte du Rhône. Bref, la navigation de plaisance sera ramené au parcours d’un simple étang, entre berges banales, qui n’auraient absolument rien de attrayants.
Quant aux gorges du Tarn, je déclare nettement que le canal du Rhône, quoique moins long (12km.) et moins profond, est tout aussi digne de visite, à cause de la grande puissance du cours d’eau – de sa Perte, - et de ses étranges accidents.
On a aussi publié une gravure représentant la future usine avec cette légende : « L’édification de ces bâtiments disposés en gradins avec un art admirable, sur d’énormes masses de rochers, donnera au paysage une superbe allures de grandeur et de puissance. » On dit encore : « Quant à la perte du Rhône, il faudra en faire son deuil ; mais est-il bien raisonnable de mettre en balance une simple curiosité naturelle avec une richesse naturelle qui représente au bas mot un revenu annuel de 10 millions. »
Je proteste avec la dernière énergie contre la barbarie de ses paroles et la fausseté de ce raisonnement.
Ajoutons que le barrage de Génissiat ne réaliserait même pas le record, puisque celui de le l’Arrow Rock au Boise Canyon (Etats-Unis) a 106m70 à 300m. de largeur et 7m.60 d’épaisseur au sommet est que le Sautet aura 125m. d’élévation.
Et cependant, hypnotisés par l’idée du grandiose, par la gloriole de créer là un des deux ou trois plus puissants barrages du monde, les plus honorables notoriétés scientifiques se laissent entraîner à défendre à outrance cette conception : c’est devenu une question d’amour-propre, d’entêtements et d’acharnement Suisse. F est complètement perdre de vue, et déplorablement, que sous cette grave et aigue polémique, on doit avant tout défendre la région Lyonnaise et la France, contre les cupidités financières et la chasse aux…. Parts de fondateurs ! Il faut le dire! Car il est déplorable qu’on ne comprenne  pas que de faméliques vandalismes se dresse là réellement contre un phénomène géologique incomparable, est contre nos épargnes (si compromises, hélas !). Au lieu de les expulser et de les désarmer, il semble au contraire qu’on les encourage. On ne saurait trop flétrir de telles tendances ; elles excusent l’emploi de termes farouches et violent. J’y reviendrai, à propos de l’Ardèche.
Et si je me acharne à combattre ces ruineuses et périlleuses idées, c’est que je veux aller à l’extrémité de tous les efforts pour empêcher qu’on abîme et dépouille notre pays. Mais je crains bien, hélas, que de crier dans des oreilles systématiquement fermées.
L’historique des efforts faits pour imposer, puis pour sauver Génissiat, est par lui-même impressionnant. Techniquement, leur point de départ est une erreur matérielle et de fait.
En mai 1911, M.Maurice Lugeon déclare : « C’est justement à des caractères remarquables du canyon du Rhône, de ne présenter que de très rares diaclases, et de ne posséder aucune grotte ni débouché d’une source Vauclusienne ; et de ce fait, qui peut surprendre aux premier abord, s’explique aisément par une série d’arguments ». Il conclut à l’inexistence de « pertes naturelles dues à l’imagination féconde d’amateurs géologues empiriques. Nous ne devrions pas nous arrêter devant les argumentations d’esprits chagrins et timorés, qui méconnaissent, comme de parti pris, les conditions génésiques des dispositions géologiquesde la région, - des hommes habitués à se promener dans les failles béantes de quelques régions du globe. » (Conf. Du 10 mai août 1911, à la Soc. D’A fin àgr. Scie et Industrie de Lyon, publiée dans La Houille Blanche (Lyon-Grenoble, juillet 1911, p. 170-183 ; tirage spécial de juin 1911).
Mais voici qu’en octobre 1910 et octobre 1911, en prenant la peine de descendre jusqu’au fond des parties les plus difficiles à atteindre du canyon, j’ai fait savoir et rappelé (Conf. à Lyon du 8 nov.1911) que, depuis 1795, on connaissait des excavations dans les parois de la gorge. Les recherches de M. Renard et les miennes (1902, 1910, 1911) y ont, en outre, relevé beaucoup d’anciennes grottes, résurgences hors de service, ainsi que 14 sources actuelles, sans parler de celles noyées dans le lit du fleuve. Elles sont presque toutes sur la rive droite (à cause du pendage des couches) et je les ai marquées (ainsi que les principaux points d’éboulement) sur le plan provisoire ou 20 000e (que j’ai dressé alors) du canyon du Rhône.
Aussi, en 1912, M. Lugeon est-il amené (Etudes géologiques sur le projet de barrage du Haut-Rhône, Mém. Soc. Géol. De France, 4e série, t. II, mém. N°8, p. 25. Paris, Soc. Géol., in-4°, p.,38 coupes et pl., 20 août 1912) à se rectifier lui-même en ces termes : « Une phrase de M. Delafond (niant les sources et la perméabilité du canyon), « m’avait conduit à ne faire aucune recherche spéciale dans le canyon, et j’ai dit qu’il n’y avait aucune source sur la rive gauche et qu’il était surprenant qu’il n’y en ait pas sur la rive droite. Depuis lors, j’ai inspecté soigneusement le canyon. Cette recherche m’a montré que les sources étaient bien absentes sur la rive gauche, ou ne consistaient qu’en suintements insignifiants, mais qu’elles étaient plus fréquentes sur la rive droite ». Et il en indique sept (une comme triple) dont trois que, moi-même, je n’ai pas vues (au pied de Génissiat).
Tels sont les textes, formels, inutiles à paraphraser. L’incident, d’ailleurs, fait son chemin. A la suite des objections soulevées à l’encontre du projet, le ministre des travaux publics, par décision du 29 septembre 1912, charge une commission spéciale d’étudier la question sur place. Dans deux rapports du 18 mars 1913 et du 2 mai 1913, cette commission, parmi des conclusions hésitantes, a émis l’avis qu’il serait plus prudent de créer, dans les gorges du Rhône, deux biefs étagés un bief unique. Mais les cinq géologues composant cette commission, avaient trouvé que les gorges ne sont guère accessibles et ils n’ont pas tenté de les explorer. Ils les ont examinées d’en haut (notamment de la Martheraz), vers le point où Ardouin-Dumazet  (Voyage en France, t. VIII) avoue : « je n’ai pas osé regarder, c'est-à-dire me pencher sur la lèvre de roches dominant le défilé de Malperthuis ». Il y a pourtant que 100 m. ! C’est bien bénin !
Et ils n’ont reconnu qu’une partie des grottes et sources (d’accès difficile en effet) sur lesquelles, avec M. Renard, j’ai attirer l’attention. On ne saurait donc s’étonner qu’il ne se soient pas rangé nettement à mon avis, quant à l’influence de la fissuration sur la préparation du tracé des cours d’eau et sur les démolitions en cours. Néanmoins, ils ont estimé qu’il y avait une grande probabilité pour que l’étanchéité du bassin ne fut pas complète, quel ne fût l'emplacement choisi. Ils ont avoué l’existence de poches et cavités dans le calcaire, et opiné que, tout bien pesé, un barrage de grande hauteur serait mieux placé à Malperthuis qu’à Génissiat. Bref, leurs avis, assez embarrassés, contradictoires même, sans être aussi formelle que je l’eusse souhaité, m’ont en somme donné satisfaction. Mais le conflit a continué.
Après la guerre, et propagandistes de Génissiat reprennent leur campagne, et ils font confier à M. Lugeon, recteur de l’université de Lausanne (Suisse), le soin de présider à des essais de vérification sur la solidité des fonds et des parois de Génissiat. Il paraîtrait, sauf erreur d’information, que de mars à décembre 1920, en exécuta ainsi sous le Rhône, par le travers de Génissiat, une galerie de 50 m. de profondeur. Elle aurait rencontré qu’une petite venue d’eau insignifiante et ascendante. Une seconde, longitudinale, n’aurait rien recoupé. Il en serait de même des sondages effectués. A Malperthuis, au contraire, une galerie et 14 m. sous le Rhône, aurait été noyée. (Dépense : deux millions). Et Génissiat de rebondir triomphalement !
On déclare même que M. Lugeon « à mener à bien un travail d’expertise relatif à l’utilisation du Rhône pour la production de l’énergie électrique » (E. de Margerie, Comm. Trav. Scientif, C. A. F. 1926).
Si, réellement, les sondages ont été effectués dans ces conditions disparates, ils ne comptent pas. Qu’aurait-ont trouvé, en effet, en perçant sous 14m. Génissiat et sous 50 à Malperthuis ? Pour examiner impartialement les deux faces du problème, la première nécessité est que les facteurs soient équivalents. Tel quel, ils sont disqualifiés, faute de similitudes.
Tout cela à mené à cette conclusion, qui n’en est pas une :
Après de longues discussions, le parlement enfante la loi inopérante du 27 mai 1921 (J. Off., 28 mai)  « approuvant le programme des travaux d’aménagement du Rhône et de la frontière Suisse à la mer, au triple point de vue des forces motrices, de la navigation et des irrigations être autres utilisations agricoles, et créant ( ?) les ressources financières correspondantes ». Fort bien : mais ce n’est qu’une loi théorique, de principes, qui, d’un bout à l’autre de ses onze articles (prévoyant concession à une ou plusieurs sociétés), de parler qu’au futur ; deux choses manque à son application :
1° Le programme lui-même, qui n’est pas encore arrêté en 1927.
2° Les ressources, qui n’existe pas (On parle alors d’une dépense de 3 milliards ; aujourd’hui ce serait au moins dix).
Une société unique (Compagnie Nationale du Rhône) devait être constituée, trois année au plus après la promulgation,  « sinon l’état pourra concéder séparément les diverses sections » (Art. 5). Au milieu de 1927, rien n’est concédé, rien n’existe. Aussi la loi stagne, comme la plus vaste des « mares à grenouilles » qu’on ait jamais excavée ; mare actuellement évaporée. La loi de 1921 à crevé, comme un sac de papier gonflé d’air ; on a même pas imprimé les formules des souscriptions, obligations, amortissement, garantie de l’état, dividendes et superbénéfices, qu’elle avait soigneusement organisé !
La loi prévoyait aussi (Art.10) un accord avec la Suisse pour l’amélioration de la capacité d’emmagasinement du lac Léman (v. p. 249) avant l’ouverture de la voie navigable. Ceci ne sera pas le moindre des obstacles. Genève ne veut pas en entendre parler, et ce n’est pas sans raisons !
Et voilà l’histoire du  Haut-Rhône français. Erreurs matérielles à l’origine est loi mort-née. Recommençons. Mais sur d’autres bases.
En vérité, ce qui a tout mis en échec c’est la « chimère » de la navigation de Genève à Lyon. Une bonne fois pour toutes, qu’un y renonce donc, au profit du Rhin-Saône-Rhône ; et tous les français seront unanimes pour utiliser raisonnablement leur Rhône, de Bellegarde au « double point de vue » des forces motrices et des irrigations seulement. Donc, il faut cesser, tout d’abord, de palabrer en pure perte avec les suisses. Il faut nous en tenir, chez nous, aux deux premiers. : énergie électrique et irrigations pour lesquels la conception est belle et réalisable (V.TROTE, Rapport sur l’aménagement agricole de la Vallée du Rhône, 1919).
Encore n’est-on pas garanti, de ces chefs, contre toute déconvenue. Le Haut-Rhône est surtout bas en automne et hiver, - quand les neiges ne fondent plus, -  et précisément quand les villes ont le plus besoin de « force-lumière ». Le module (débit moyen) du Rhône dans son canyon est évalué de 280 à 350 m3s., L’étiage d’hiver à 120m3 les crues d’été à 1200-1500m3.
Faisant maintenant le procès de cette trop fameuse navigabilité ; elle mérite.
Cet argument illusoire, dont on a tant joué en faveur de Génissiat, n’est qu’un vieux rêve, qui a déjà hanté Céard en 1774 (barrage de 62m.85 à Génissiat), Lalande en 1778, Boissel en 1795, Sécrétan et Jolin en 1868. Il n’a donc même pas le mérite de la nouveauté. On doit se résoudre à avouer que, maintenant surtout, ce serait, en dehors des difficultés matérielles de réalisation, une erreur économique des plus préjudiciable à la France.
M. Mahl prétendait, par le Rhône navigable et moyennant 90 millions, fournir au port de Marseille le marché de l’Europe centrale par l’intermédiaire de la Suisse et de son association Romande de navigation intérieure. Or, l’industrie Suisse n’existe que dans le bassin du Rhin, Winterthur, Zurich, Bâle, Neufchâtel.
Dès avant la guerre, on voyait les trains de marchandises, à Culoz et à Bellegarde, monter pleins vers Genève elle descendre vides (Sauf pour certaines denrées de contrebande : en 1910, j’ai vu saisir par les douaniers, à la gare de Bellegarde, des coffres-forts remplis de saccharine… Ce fut une belle prise).
Neufchâtel surtout vise à cette navigabilité, mais elle de écoulera aussi bien ses produits par Bâle et Mulhouse, par la jonction du Rhône français avec le trafic du Rhin, pour drainer les usines suisses et germaniques à la fois. Le bon sens indique l’élargissement de la voie d’eau du Doubs et de la Saône par la trouée de Belfort : bien que cela présente aussi des difficultés, il en coûterait bien moins pour améliorer nos canaux français de Franche-Comté, à travers une riche province, les pour porter les marchandises du Rhin au nouveau tunnel de Rove et à Marseille. Allons-nous donc, actuellement, créer une voie d’eau (coûteuse, dangereuse, introductive), en Suisse, au lieu d’utiliser et perfectionner les nôtres ? La catastrophe qui nous a éprouvé ne nous  guérira-t-elle pas de faire les affaires de l’étranger à nos propres dépens ?
J’écrivais ceci en octobre 1916 (Conseiller des Touristes), en escomptant déjà le retour de l’Alsace. Depuis, rien n’est survenu qui nous oblige à nous ruiner encore un peu plus « pour les Suisses ». Et cette manière de voir à rallié bien des partisans.
De 1920 à 1923, A.Souleyre, ancien ingénieur en chef à Bône (décédé en janvier 1926), un énergiquement renforcé toute l’argumentation contre Génissiat et contre la navigabilité, dans une série d’importants mémoires, dont certains passages méritent d’être cités, pour éclairer les futurs souscripteurs de la Compagnie Nouvelle du Rhône.
 I.-Le problème de Génissiat et l’aménagement du Haut-Rhône, Bône, impr. Thomas, in-8°, 48p.,10 janvier 1920.
- « L’aspect du profil en long, établi au moyen de sondages n’est pas fait pour rallier à la doctrine de la seule érosion, les gens qui se sont occupés d’hydraulique. ». Les éboulis sont la preuve de la fissuration préalable. « Au commencement d’octobre 1919….les « nouveaux » sondages fournissent des renseignements d’importance essentielle….ils ont fait constater la présence de fissures dans la berge, là où rien n’annonçait leur présence. A Génissiat, l’urgonien est craquelé à quelques dizaines de mètres à l’aval du sondage. » « La navigation du canyon du Rhône y est très loin de valoir de gros sacrifices. »
 II.- Utilisation de la grande chute du Haut-Rhône français, in-8°, 16p., Bône, Thomas, 30 juin 1921. – Le barrage n’est possible qu’à l’amont de la perte. – Au dessus de 7 à 8m. par seconde, la vitesse des cours d’eau produit des érosion redoutables. – Il faut ouvrir le canyon aux touristes. – Personne aujourd’hui ne se chargerait d’exécuter Génissiat : la dérivation provisoire du Rhône serait trop coûteuse : il en serait de même à Malperthuis. C’est Strasbourg-Lyon, par la Saône qu’il faut faire…
(M.L.Perrier lui-même reconnaît, en 1921, que la voie navigable Rhin-Aar-Neufchâtel-Genève « n’offre plus qu’un intérêt relatif pour notre pays, depuis le retour de l’Alsace et la possibilité du canal de la Saône au Rhin ».)
 III. – Aménagement du Rhône, entre la frontière Suisse et Seyssel, in-8°,14p., Bône, 1923. – Il n’y a qu’un emplacement favorable : au dessus de la perte (seuil rocheux à la cote 302), avec assèchement provisoire par deux tunnels de dérivation (r. dr.) du Pont de Savoie à la Perte, « jetant les eaux dans le gouffre du Rhône, immédiatement à l’aval de la perte », et rive gauche entre l’amont de la perte et Arlod.
Pour Génissiat, « son inconvénient majeur, est d’être innexécutable. Personne ne s’est chargé, ni à l’Etat, ni dans les sociétés privées, d’aller exécuter les fondations à 32m. au moins ».
 IV. – Comment pourvoir d’électricité… les chemins de fer et les campagnes, Bône, 1922. – Les sécheresses de 1920 et 1921 ont mis les capitalistes en défiance contre les caprices de la force hydraulique. – Avec un barrage de 30m. (cote 302-332) à la perte (jusqu’à Pougny-Chancy) et des dérivations, on aurait 68m. de chute à Génissiat (264m.) – La loi sur l’aménagement du Rhône « au triple point de vue, etc… » résulte de la passion des formules qui sévit en France. – On n’a pas fait les sondages emplacements possibles. La notion du Rhône (et aussi de la Dordogne) navigable est a abandonner. « il y a maldonne » même de Lyon à Tarascon. Il faut absolument adopter « les meilleurs tronçons à l’électricité ».
 V. – Le Grand Canal du Rhin à la Saône, in-8°, 51 p., Nône, Thomas, 27 janvier 1921. – « La France serait une mauvaise affaire en s’engageant à créer une voie navigable de Seyssel à Chancy. » A l’aval de Lyon, on a fait aucun des sondages nécessaires à un avant-projet d’aménagement…
 VI. – Aménagement du Bas-Rhône, in-8°, 57 p., Bône, 1920. – En amont d’Aramon, entre la Montagnette et le massif au sud de Saze (Gard), il existe, à la Roque d’Acier, un seuil calcaire dans le roc serait bon pour un barrage. Le lit du Rhône est très compliqué de Lyon à Tarascon, coupé de seuils et de fosses atteignant 8m. (Il y en a même une de 14m. à l’aval d’Arles). Ainsi, M. Souleyre formulait des objections, même sur la navigabilité de Lyon à Tarascon. Il est certain qu’en l’état actuel, elle est parfois difficile : les bateaux à vapeur pour touristes d’été voient  trop fréquemment leurs programmes et leurs excursions empêchées par l’abondance ou la pénurie d’eau du capricieux fleuves.
La rapidité du courant et une autre entrave. Sur les 33km. De la frontière au château du Parc, il n’y a « qu’une accumulation d’obstacles de toute nature ». A 323 km. de la mer, à Lyon, le Rhône et à 159m.60, altitude qui ne se trouve pour le Rhin qu’à 770 km., l’Elbr à 820, le Danube 1770 de la mer. C’est une pente de 0m.491. (On a donné aussi 0m.56). De Mannheim en Hollande, la pente du Rhin est de 0m.18 (0m.46 de Bingen à Saint-Goar, secteur difficile). Le Rhône a, comme pente, 0m.50 de Lyon à l’Isère, 0m.77 de l’Isère à l’Ardèche, 0m.49 de l’Ardèche au Gard. Sa vitesse atteint souvent 3 à 4 m.s. (10 k. à 14 km.-heure), surtout vers Pont-Sait-Esprit. Les MOUILLES (parties profondes) et les MAIGRES (graviers) se déplacent constamment. Certaines années, il y a 100 à 150 jours d’arrêt. Les LÔNES ou parties formant réservoirs naturels jouent mal. Certaines crues contournent les ponts. Il faudrait un canal latéral. Cependant la régularisation du Rhône, de Lyon au canal de Marseille, est certainement plus réalisable que celle de Genève à Lyon. Est d’ailleurs on paraît se rallier à la conception de canal latéral, au prix de 600 millions (CONCHE, Congrès de Lyon-Grenoble, 1925).
M.E.HUCHET a proposé le simple touage par chaîne est immergée, sur 310km., d’Arles à Lyon : les forts courants restants un obstacle, bien qu’on ait fini par obtenir en moyenne 355 jours de navigation à titant de 1m.30 (Nature, n° 2741-2742, 16 et 23 octobre 1926. – v. Maurice PARDE, Le Régime du Rhône, 3 vol. in-8°, Lyon, 1925. Calcul du débit du Rhône, Grenoble 1925. – A Beaucaire, 360m3 à 13000m3,  avec module de 1,669m3. – Le Rhône et ses affluents, revue Géogr. Alpine, t. XIII, etc.
Pour conclure, il est clair qu’on ne doit pas mettre d’entraves, de principe, à l’emploi de la  richesse représentée par les forces hydrauliques (ch. II, VIII et X). Mais il est nécessaire d’introduire, dans les projets, de la mesure, de la réflection, du discernement.
Il faut surveiller les initiatives et refréner les appétits des financiers et des entrepreneurs. C’est envers leurs projets commerciaux qu’il importe de défendre les « pièces exceptionnelles de la parure de la France ». et est celle –ci doivent être protégées d’abord contre les entreprises étrangères, surtout au change que l’on se complait à maintenir contre nous.
Et l’on n’aboutira que si l’on renonce à l’utopie du Rhône navigables de Genève à Lyon ; - si l’on adopte, pour la force motrice et l’irrigation, un système quelconque de dérivation ; - et si l’on refait en ce sens la loi du 27 mai 1921… qui est par terre ! DE PROFONDIS !
Le 24 mars 1927, à la chambre des députés (à propos de l’aménagement des forces motrices du Haut-Rhin, par la chute de Kembs) on a, incidemment, reparlé du Rhône.
M. Margaine a déclaré son aménagement « infiniment plus avantageux que le Rhin », tant pour les forces motrices que pour la navigation. – M. Charlot a rappelé que le conseil supérieur des travaux publics ne paraît pas enchanté des résultats fournis par la régularisation du Rhône inférieur ; - que la Suisse a eu soin de n’équiper que des chutes de 10 à 20m. ; - « que l’aménagement du Rhin est beaucoup plus intéressant que celui du Rhône dans sa partie inférieure » (sans parler de Génissiat), - que la loi de 1921 n’a pas  « abouti parce qu’on a vu très grand, trop grand peut-être ». – M.Loucheur dit qu’  « il faut faire le Rhin et le Rhône ». Pour M. De Monicaault, « ce qui a empêché… le Rhône, en dehors du rôle de certaines sociétés, c’est surtout l’immensité et la complexité du programme pour la navigation et la force motrice ensemble. » - M.Tardieu, ministre des travaux publics a obtenu le vôtre du barrage de Kembs. Signalons enfin l’éloquent rapport de M.Ant.Borrel, député, sur l’aménagement des forces hydrauliques (29 nov.1926 : J.of., docum., Parlement., Chambre, p.144, mai 1927) : leur développement subit un arrêt ; - des concessions datant de 1923 de sont pas ammorcées. – le grand ouvrage de Chavanon (Dordogne) est abandonné, après une dépense faite de 16 millions ; - d’autres «  chantier de chutes d’eau en pleine activité ont été désertés en 1926 » ; - l’épargne a été mis en défiance par l’inconvénient des bases étiages et par la difficulté de recruter la clientèle, etc. – Donc il faut renoncer aux « folies grandioses ».

 



29/07/2012
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