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Hat yai

La capitale du Sud et « la ville du péché du Sud », Hat Yai

 

Ce n'est qu'en 1917 que le district Nuea (nord) de Songkhla prit le nom de district de Hat Yai.

Hat Yai était au début des années 1980 à plus de 18 heures de train de Bangkok-Thonburi, mais à seulement une heure de la Malaysia, pays à majorité musulmane et aux moeurs plutôt strictes, surtout dans les provinces proches de la Thaïlande où les non-musulmans sont extrêmement minoritaires. Même si elle n'est pas chef-lieu de sa province – c'est Songkhla – Hat Yai est la grande ville de cette partie de la région Sud. Au milieu des années 1980, elle était même – avec 130 000 habitants – la troisième ville la plus peuplée de Thaïlande, après Bangkok et Chiang Mai (anonyme 1985 : 33). Hat Yai est une ville à dominante chinoise. Elle compte tout de même 6 mosquées, 3 églises ou temples chrétiens, 10 pagodes bouddhiques, mais au moins 12 sanctuaires ou centres végétariens chinois (Songmuang et Chiranakhon 2542 : 8602).

Quatre grandes familles chinoises sont à l'origine du développement de Hat Yai :

1. La famille Sukhum, descendant de phra Sanehamontri, un ancien chef de district de Hat Yai, qui a construit l'hôtel Sukhontha.

2. La famille de khun Niphat Chinnakhon, dont l'héritier est propriétaire de mines et fut président du Conseil municipal de Hat Yai.

3. La famille de M. Si Kimyong – devenu M. Kimyong Chayakul – qui possède des centres commerciaux.

4. La famille de phraya At Kalisunthon, qui a vendu ses affaires locales pour s'installer à Bangkok.

Hat Yai est parfois surnommée par les Thaïs mueang setthi ou « ville des millionnaires ». Une publication de 1987 donne un aperçu des secteurs d'activités porteurs de Hat Yai en donnant la liste des dix personnes les plus riches de la ville (anonyme 2530 : 72) :

1. M. Kangsaeng Sisawatnuphap, propriétaire de l'hôtel Asian et de diverses affaires.

2. M. Nikhom Woraprichakul (connu sous le nom de sia Yong), propriétaire du

restaurant Hong Yok, et d'une société de transport frigorifique.

3. M. Lapsak Lapharochanakit, PDG de la société Hat Yai Gypsum et de Sun Thai.

4. M. Kitikon Chayakul, propriétaire du centre commercial Chee Kim Yong.

5. M. Chuti Bunsung, propriétaire de l'hôtel Chuti et du centre commercial Chuti.

6. M. Wanchai Lirasirithon, propriétaire de l'hôtel Lee Garden.

7. M. Bunloet Lapharochanakit, propriétaire de la société Ban Suzuki et président de la

chambre de commerce de la province.

8. Mme Ratana Kongkitti, propriétaire de l'hôtel Mit Rama et présidente de l'Association

de l'industrie touristique de Hat Yai.

9. M. Sak Sibawon, propriétaire de l'hôtel My House.

10. M. Nopphon Suchatanon, PDG de la société commercial Saha Phanit et membre du conseil d'administration de la société Hat Yai Gypsum.

On voit que presque tous les membres de cette élite locale des affaires sont liés à l'industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents.

A la fin des années 1970, Hat Yai est devenue une ville de marchandises trafiquées en provenance de Malaysia et de Singapour, notamment de l'or. Il y eut au début des années 1980 la volonté de faire de Hat Yai la principale ville du sud de la Thaïlande.

 En août 1979 elle reçut un prêt de la Banque mondiale de l'ordre de 200 millions de bahts pour développer ses équipements. La ville était alors déjà réputée pour sa « vie nocturne » selon l'euphémisme local pour désigner la prostitution (Kositchotethana 1981 : 15).

Hat Yai se trouvait également sur la route du trafic de l'héroïne depuis le Triangle d'Or jusqu'en Malaysia et Singapour avant de partir pour l'Europe. Ainsi, le 5 octobre 1978 deux convoyeurs chinois originaires de Chiang Rai furent arrêtés en plein Hat Yai avec 152 kg d'héroïne (anonyme 1978 : 1, 3). En 1982, un plan de développement prévoyait qu'elle compte 370.000 habitants en 1996 contre 128.000 cette année-là (anonyme 1982 : 14).

Dès 1956, Hat Yai comptait 50 hôtels et au moins quatre d'entre eux étaient de « grands hôtels de plus de vingt chambres (Niyomchan 2499 : 160). Avec les circonlocutions d'usage l'auteur nous explique que Hat Yai est le principal centre du Sud pour gagner (en se prostituant, c'est-à-dire ha ngoen) et dépenser son argent. Les filles viennent de la région Nord et pour la nuit c'est 100, 150, 200 ou 300 bahts, tandis que pour trois heures c'est seulement 50 bahts. Sawai Niyomchan ne dit rien sur l'âge des prostituées, mais raconte que celles qui se préparent pour aller à l'hôtel disent qu'elles vont à l'école « parce qu'elles s'habillent aussi bien que si elles allaient à l'école » (Niyomchan 2499 : 192). Certaines rentrent chez elles avec de l'or et racontent à leurs familles qu'elles sont couturières ou coiffeuses.

 

Jean Baffie



25/11/2007
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