JURA-THAI-DISCOVER and Caves of Thailand

Phuket

 

Histoire de Phuket, Thailande

 

Préhistoire et temps anciens

Plain Paper Guide Book Co., Ltd

Le sud de la Thaïlande a été habité depuis les premiers jours de l'humanité par des tribus qui s'installèrent et adaptèrent leurs styles de vie à l'environnement local. Qui arriva le premier, qui poussa l'autre dehors ou qui assimila qui, voici des questions qui ont préoccupé les archéologues pendant longtemps et les occuperont pour un long moment encore.

traces d'une civilisation prehistorique a Phuket, ThailandeDes traces de riz cultivé trouvés à Spirit Cave, Thaïlande, dateraient d'avant 6800 avant notre ère. Le développement du bronze (alliage de cuivre et d'étain) utilisé dans la fabrication des armes et outils marque généralement la fin de l'Age de Pierre, selon les archéologues. Certaines découvertes faites en Thaïlande dans les années 1960 ont bouleversé les théories traditionnelles relatives à l'origine des technologies du cuivre et du bronze. Il semblait que l'utilisation du bronze trouvait son origine au Moyen-Orient, mais les vestiges des fouilles effectuées près de Ban Chiang, Thaïlande, prouveraient que cette technologie était connue ici dès 4500 av. J.-C., précédant donc le Moyen-Orient de plusieurs siècles. A titre de comparaison, la Grèce n'est entrée dans l'Age de Bronze qu'en 3000 av. J.-C. et la Chine vers 1800 av. J.-C. Quelles tribus ou quels peuples sont à l'origine de cette civilisation avancée et que sont-ils devenus, voilà matière à débattre. Le pays ne s'est pas développé uniformément dans son ensemble, seulement par endroits, certaines terres d'Asie du sud-est figurant parmi les plus inhospitalières et inaccessibles du monde. Cette géographie particulière a fait du pays un magnifique patchwork où se cotoient des sociétés modernes et sophistiquées et des collectivités primitives peuplant des lieux restés sauvages, à quelques kilomètres seulement les uns des autres.

 

L'étain, tout aussi précieux que l'or pour les royaumes d'antan, a été découvert il y a plusieurs millénaires dans le district de Kathu, région du centre de l'île de Phuket. Ce métal, dont la quantité semblait illimitée, était facilement extrait des veines à fleur de sol. Il n'existe, bien sûr, aucun rapport sur cette époque, ni sur la découverte des mines d'étain, ni sur son exploitation. Par contre, les peintures sur les parois des grottes, les poteries et ustensiles retrouvés lors des fouilles remontent bien à l'Age de Pierre. En ces temps reculés, les hommes ne recherchaient pas l'étain. Ils le trouvaient généralement après les pluies battantes qui emportaient la terre en surface, exposant ainsi les couches de gravier contenant l'étain. Phuket a longtemps figuré sur les cartes maritimes des capitaines indiens et arabes comme source d'eau potable, bois de chauffage et bassins de calfatage. Ils jetaient l'ancre dans les havres bien abrités de Phuket et attendaient les vents de mousson favorables à la traversée de la mer d'Andaman jusqu'au sous-continent indien. Il arrivait souvent aux bateaux d'être immobilisés là pendant des semaines voire des mois, aussi ne serait-ce pas insensé de penser que ces marins pionniers auraient pu découvrir le précieux métal.

Parmi les habitants les plus anciens de Phuket se trouvaient des tribus primitives semblables aux Pygmées Semang (peuple négrito de la Péninsule Malaise) qui existent encore aujourd'hui en Malaisie. De petites tribus de ces chasseurs-cueilleurs ont survécu dans la jungle en chassant, mangeant des fruits abondants et des racines qu'ils rencontraient sous la luxuriante triple canopée de la forêt tropicale humide qui recouvrait la totalité de l'île à cette époque. Il semble que certains de ces groupes aient continué à vivre dans la jungle dense du centre de l'île de Phuket jusqu'à l'arrivée des mineurs d'étain au milieu du 19ème siècle.

Le commerce maritime et la piraterieLes régions côtières de Phuket étaient occupées de marins nomades, les Chao Nam ou 'gitans de la mer'. Ils passaient leur vie à longer les côtes ou à aller d'une crique à l'autre, plongeant et pêchant coquillages et poissons, puis repartaient pour laisser à la nature le temps de reprendre son cycle écologique normal. Les Chao Nam s'étaient forgé une mauvaise réputation de pirates ou 'Saliteers' parmi les capitaines de navires qui voguaient dans les détroits de Malacca. Ils ont tenu un rôle important dans les comptes rendus faits par les premiers visiteurs de cette région. Ils étaient décrits comme petits mais énergiques, marins experts qui construisaient leurs bateaux en petites dimensions mais d'une robustesse qui pouvait affronter les mers les plus démontées. Ils allaient d'île en île, campant sur chacune sans jamais cultiver les sols, la piraterie et la pêche d'huîtres perlières leur assuraient leur principales ressources. Il n'y a pas trace de langage écrit chez eux, ils pratiquaient une religion basée sur l'animisme, et leur barbarie était connue partout. Le Capitaine Hamilton, l'un des premiers marchands européens, écrivit à leur sujet: "Entre Mergui (archipel de Birmanie) et Jonkcelaon (Phuket autrefois), il y a plusieurs bons ports pour les navires, mais la côte est très peu habitée car un grand nombre de pirates (appelés Saliteers) y sévissent, enlevant les gens pour pour les vendre comme esclaves au Royaume d'Atjeh de Sumatra (Indonésie). L'île de Jonkcelaon (Phuket) leur a payé un lourd tribut." Un Jésuite de cette époque, missionnaire français, disait qu'on ne pouvait aller à pieds pendant une demi-lieue sans se faire délester de ses biens et mettre sa vie en danger. Cette réputation de férocité qu'avaient les Saliteers (pirates) serait la cause du retard dans le développement des relations commerciales et dans l'exploitation des mines d'étain.

Dès le 3ème siècle, des colonies dispersées de marchands venus du sud de l'Inde étaient installées le long des côtes occidentales de la Thaïlande. On a d'ailleurs retrouvé tout près de là, dans la province de Phang-nga, une statue haute de quatre mètres du dieu hindou 'Vishnou'. Elle est exposée actuellement au Musée National de Thalang à Phuket et fait partie des innombrables objets d'art et sculptures de cette époque mis au jour pendant les fouilles. Ces pionniers du négoce semblent avoir tenté d'établir le commerce de la toile de coton, des épices et de l'étain.

 

Après la mort du Roi Ramkhamhaeng, le royaume vassal de Pegu (Birmanie) se rebella et s'empara des villes portuaires de Mergui et Tenesserim sur la côte occidentale de Thaïlande. Le Roi Loetai (fils du Roi Ramkhamhaeng) ne saisit pas l'importance stratégique de ces ports et ne fit que peu d'efforts pour les reconquérir. Il n'y réussit pas. Par contre, le jeune Prince Thaï Bodi, gouverneur du district de Supanburi dans la plaine centrale de Thaïlande, profita de l'opportunité pour les conquérir. Il leva une armée, reprit les ports aux Birmans et les annexa à son district.

A cette époque, les navires de commerce n'étaient pas vraiment en mesure de manœuvrer contre les vents. Il leur fallait six mois voire plus pour parcourir les trois milles marins (1 mille=1852m) entre l'Inde et la Thaïlande sous vents dominants. Ils devaient aussi prendre en compte les pirates qui sévissaient dans le Détroit de Malacca. Avec les moussons qui balayaient la mer d'Andaman, c'était autant de dangers qui requéraient un planning soigneux pour livrer les marchandises le plus régulièrement possible. Beaucoup de négociants Indiens et Arabes puis plus tard Européens choisissaient de jeter l'ancre à Mergui puis de se rendre en barge à Tenesserim en amont de la rivière, ce qui les menaient grosso-modo à mi-chemin sur la péninsule. Restait ensuite à transporter les marchandises par la montagne à travers la jungle jusqu'au Golfe de Thaïlande. C'était un voyage pénible et terriblement dangereux, comme le relate ce Jésuite de l'époque qui a vu l'un de ses compagnons déchiqueté sous ses yeux par un tigre. Mais cet itinéraire réduisait la distance de moitié et ramenait la durée du voyage à un peu plus d'un mois.

Le contrôle de cette route commerciale stratégique donnait au Prince Bodi accès aux richesses et aux technologies étrangères. Aussi mena-t-il campagne pour annexer la ville portuaire d'Ayutthaya, porte de la région centrale de Thaïlande. Ayutthaya était située sur une île au confluent de trois rivières: Chao Phraya, Lopburi et Pasak à environ 110 kilomètres au nord du Golfe de Thaïlande. Celui qui administrait Ayutthaya verrouillait quasiment la communication avec les provinces intérieures du Centre et du Nord de la Thaïlande. Le Prince fut bientôt tout-puissant et ne craignit plus les gouverneurs héréditaires de Sukothai préoccupés principalement par leurs luttes internes. En 1350, le Prince Bodi prit le titre de Roi Ramatibodi, établit sa capitale à Ayutthaya et gouverna pendant 19 ans jusqu'en 1369, date de sa mort.

Ayutthaya, qui contrôlait désormais les routes commerciales terrestres aussi bien que les voies maritimes avec l'Inde et la Chine, se développa rapidement jusqu'à devenir la ville la plus importante de l'Asie du Sud-Est. C'était aussi un port florissant qui recevait les navires du monde entier, le centre de la culture, de la religion et du commerce. Pendant quatre siècles et la succession ininterrompue de 34 rois, la période Ayutthaya fut l'apogée du pouvoir et de l'influence Thaï. Le Royaume étendit son pouvoir sur la totalité des régions du nord, y compris le royaume des 'Millions d'Eléphants' (actuellement nommé Laos), la quasi-totalité du Cambodge, une partie de la Birmanie et la Malaisie.

 

L'oppulente renommée d'Ayutthaya reposait sur le commerce. Son roi et ses ministres avaient acquis de fabuleuses richesses. Le Roi avait le monopole sur tout le commerce relatif à l'étain, le plomb, les éléphants, le sel, les noix de bétel, le bois, les peaux de daim et les perles. Tout marchand qui voulait se procurer l'un de ces produits ou l'exporter vers l'Inde devait conclure l'affaire avec le Roi et se plier à ses conditions -- sous peine de mort. Pour faciliter le commerce avec l'Inde, le Roi fit construire sa propre flotte basée à Mergui et en prit la direction. Au début, le commandant et les équipages étaient recrutés parmi les Indiens et les Arabes, puis ils furent supplantés par les Européens. Les éléphants étaient de loin la part la plus importante et la plus fructueuse du commerce avec l'Inde. En effet, les sultanats indiens se livraient des guerres constantes et l'éléphant était à leur armée ce que le char est à la nôtre. A cette époque, un navire robuste chargeait jusqu'à 30 éléphants par voyage de 16 à 20 jours. Mais l'Inde n'était pas le seul client. Vers le milieu du 16ème siècle, les navires d'Ayutthaya livraient annuellement 2.000 tonnes de bois de sampan à la Chine et 300.000 peaux de daim au Japon.

Le commerce avec la Chine se développa de façon inattendue après 1408, lorsque les explorateurs et marchands Chinois 'Zheng He' arrivèrent en mission commerciale à Ayutthaya à bord d'une importante flotte. En 1511, ce fut le tour des premiers Européens, les Portugais, de faire leur apparition à Ayutthaya via le Cap Horn. Ils installèrent leur ambassade et les comptoirs d'échanges sur l'île de Phuket et à Mergui. Les Thaïs se fatiguèrent vite de l'excès de zèle que les Portugais mettaient dans leurs tentatives à les convertir au Christianisme, seuls les armes et les produits manufacturés en provenance du Portugal les intéressaient. Mais si les Portugais ont échoué dans la conversion religieuse des Thaïs, ils ont, paraît-il, laissé derrière eux une influence quasi-spirituelle sur la nourriture Thaï: ce sont eux en effet qui auraient introduit les piments en Thaïlande.

Une fois les Portugais introduits, d'autres puissances occidentales suivirent. Beaucoup de ces marchands Européens furent profondément impressionnés par la capitale d'Ayutthaya et en firent des descriptions si admiratives que les villes Européennes se mirent à ressembler à de simples villages en comparaison. Dans les écrits de l'époque, on relève la suggestion que Londres devrait éclairer ses rues la nuit comme cela se faisait à Ayutthaya. Les marchands relevèrent aussi l'incroyable confort dans lequel vivaient les masses populaires d'Ayutthaya qui s'en sortaient largement mieux que les paysans déguenillés et affamés qui survivaient en Europe.

Il existe aussi des témoignages sur les conditions de vie en milieu rural. Par exemple, les villageois de Phuket avaient un mode de vie totalement différent de celui d'Ayutthaya ou de la cour du Roi. La Thaïlande utilisait alors un système de corvée obligatoire pour tous les hommes valides. Aussitôt qu'un garçon atteignait la taille de 1m20 environ, le règlement du Roi lui imposait soit le paiement d'une taxe, soit le travail pour l'Etat pendant une partie de chaque année.

Un officiel Français en poste à l'ambassade d'Ayutthaya mentionna Phuket dans un de ses rapports. Il nota que les insulaires se voyaient accorder le privilège d'exploiter leur propre mine d'étain s'ils payaient une redevance au Roi. Cependant, la corruption des officiels chargés de contrôler la pesée et la fonte de l'étain rendait bien souvent l'extraction de l'étain peu profitable pour les mineurs et la production ne représentait qu'une fraction de son potentiel.

 

Un autre visiteur Français ajouta la remarque suivante: "Malgré le potentiel important de cette province (Phuket), le commerce est insignifiant. Les nombreuses taxes, l'esclavage, les travaux forcés continuels imposés au peuple par la classe dirigeante souvent corrompue, ruinaient des familles entières et anéantissaient le résultat de leur travail. Cependant, et malgré sa population peu importante, l'île expédiait à la Cour Royale des quantités substantielles de poivre noir, de sucre, de café, de poisson salé, de calamars, de carapaces de tortues et de magnifiques nattes de roseaux destinées le plus souvent à la Chine".

Une fois que la situation stratégique et l'abondance des richesses de l'île furent connues, la course à la main mise et au contrôle de son commerce fut ouverte entre les différentes puissances Européennes. Elles fournissaient armes, munitions, produits manufacturés (et plus tard l'opium en provenance de l'Inde) en échange d'étain, d'ivoire, d'épices, de perles et d'ambre gris (concrétion intestinale grisâtre fournie par les cachalots et recueillie par les pêcheurs). L'ambre gris entrait dans la composition des parfums et sa valeur commerciale était si grande en Europe que l'on adopta l'once comme unité de poids à l'exemple de l'or. Par ailleurs, les lingots d'étain de Phuket servaient en Asie d'unité monétaire d'échange contre des soieries, des épices, des pierres précieuses et autres produits.

La France fut la puissance occidentale suivante à s'installer momentanément en Thaïlande, en partie grâce à l'influence d'un Grec entreprenant du nom de Constantine Phaulkon devenu haut dignitaire de Siam sous le règne du Roi Narai (1675 - 1688). Phaulkon, qui était exceptionnellement doué pour les langues, avait appris le Thaï, le Malais et quelques autres langues Européennes. En combinant astucieusement son sens aigü des affaires et sa connaissance des langues, il réussit à gravir rapidement les échelons de la hiérarchie Thaï et obtint le poste de ministre du commerce intérieur à la cour royale -- une position généralement réservée à de riches marchands Indiens ou Arabes. Déterminé à tirer un maximum de privilèges de son influence, il monta habilement les puissances occidentales l'une contre l'autre, s'enrichissant et comblant le roi de Thaïlande. Comme il redoutait les Hollandais et les Anglais, il se servit des Français pour les contrer. En 1681, un médecin missionnaire Français, Frère René Charbonneau, fut nommé Gouverneur de Phuket.

On considérait la fonction de gouverneur de Phuket comme prestigieuse et avantageuse. Un certain pourcentage de la production d'étain lui était attribué et la tradition lui allouait tous les revenus provenant de la fonte du précieux minerai sur l'île. En échange, le gouverneur devait répondre du bon rendement des mines royales. Beaucoup de ceux qui furent promus au rang de gouverneur avouaient que ce rôle était bien plus dangereux et bien moins profitable que la rumeur le laissait croire. Depuis que la corvée royale avait remplacé la plupart des taxes annuelles, les mineurs étaient peu motivés pour le travail d'extraction. Si le gouverneur faisait pression sur eux, ils se rebellaient. C'est ce qu'ils firent en 1650 contre le gouverneur qui était alors un ancien marchand du Sud de l'Inde. Il fut tué ainsi que la plupart des résidents de l'île d'origine Indienne. Si la production d'étain tombait trop bas, l'armée Thaï était envoyée pour collecter le manque à gagner. Un capitaine de navire marchand Européen, de passage à Phuket lors d'une manifestation de ce genre, témoigna: "Les éléphants et le canon furent utilisés pour rompre les défenses. Le gouverneur grièvement blessé fut entravé par les fers tandis que les éléphants finissaient de détruire les huttes avoisinantes et de tuer plusieurs dizaines de villageois".

 

Quelques années plus tard, Phaulkon prit l'initiative très controversée de nommer l'Anglais Samuel White au poste très lucratif de 'Maître du Port' à Mergui. Malgré l'habitude de voir des étrangers occuper des fonctions importantes, beaucoup de dignitaires du roi furent cette fois profondément offensés. Que Phaulkon ait exercé à maintes reprises son influence avec prudence et fait fructifier le trésor royal ne diminua pas leur mécontentement. En 1688, lorsque Phaulkon consentit l'installation d'une garnison de 600 soldats Français en Thaïlande, les Thaïs, redoutant un coup d'état, expulsèrent les troupes Françaises, firent arrêter puis exécuter Phaulkon et prirent tous les résidents Européens en otage. Les forces Françaises basées à Pondicherry (comptoir Français en Inde) menacèrent de se venger en occupant Phuket. Le Général Desfarges arriva sur l'île à la tête de 332 hommes mais ne prit pas possession de l'endroit, par contre ils pillèrent un chargement d'étain en dédommagement des pertes subies lors du soulèvement Thaï contre les étrangers. La réponse du gouvernement fut rapide: il ferma toutes les frontières du pays et les maintint fermées pendant plus d'un siècle.

Dans beaucoup de livres d'histoire Thaï, ce soulèvement est décrit comme la restauration de l'indépendance du pays, bien que la majorité des postes-clés eussent été rendus à des marchands Indiens ou Arabes , et la prétendue exploitation du pays par les étrangers continua -- bien que par des étrangers différents.

Les Birmans lancèrent une attaque de grande envergure contre la Thaïlande et en 1767, après un siège de quatre longues années, ils s'emparèrent d'Ayutthaya et la détruisirent. Oubliant leur croyance Bouddhiste (les Birmans se sont longtemps considérés comme les fidèles protecteurs de la foi Bouddhiste), ils saccagèrent de précieux manuscrits, les scupltures religieuses, et abattirent les temples.

La Thaïlande exotique, riche en ressources naturelles, située au carrefour de l'Asie et de l'Occident, suscitait l'envie non seulement de ses voisins mais aussi et surtout des pays Européens, de la Chine et du Japon. Pendant les deux siècles suivants, et uniquement grâce à la sagesse des Rois du Siam, à leur talent d'administrateurs et à quelques manœuvres subtiles, la Thaïlande a toujours été préservée de la colonisation qui s'abattait au fur et à mesure sur les pays voisins.

 

La dynastie Chakri

A la mort du Roi Taksin, la couronne passa au Général Pya Chakri, fondateur de la dynastie royale toujours au pouvoir de nos jours. Le Général Chakri prit le nom de Rama I et régna de 1782 à 1809. Il établit sa capitale à l'endroit où elle se trouve toujours actuellement, à Bangkok, et dut faire face à une nouvelle attaque des Birmans qui essayaient encore une fois d'arracher le contrôle du Siam. Durant cette guerre de 1785, lors de la 'Bataille de Thalang', Phuket conquit définitivement sa place dans les annales de l'histoire moderne Thaï. Les envahisseurs Birmans attaquèrent aux frontières terrestres et maritimes et prirent plusieurs villes sur la côte occidentale de la Thaïlande. En préparant la défense de la capitale de l'île située à cette époque à Thalang, le gouverneur de Phuket mourut, laissant derrière lui des troupes insuffisantes sans commandement et insuffisamment armées (ce gouverneur était celui qui avait conspiré avec le Capitaine Light quelques temps auparavant). Réalisant que leurs effectifs étaient vraiment restreints, Chan, la veuve du gouverneur, et sa sœur Mook encouragèrent toutes les femmes de l'île à se déguiser en hommes. Le grand nombre de soldats sema la confusion dans les rangs des Birmans, et les attaques astucieusement dirigées sur leurs flancs et leurs arrières affaiblirent la détermination des ennemis. Pensant que l'île avait bénéficié de renforts de Bangkok et constatant qu'ils seraient rapidement à court de nourriture et de provisions, les Birmans décampèrent et levèrent l'ancre. Un roi reconnaissant conféra aux deux sœurs courageuses et ingénieuses des titres royaux. Aujourd'hui, le Monument des Héroïnes qui s'élève sur le rond-point de la route principale au sud de l'aéroport commémore toujours le souvenir des deux sœurs.

le monument des heroinesEn 1809, Phuket fut une fois encore l'objet d'une tentative d'invasion Birmane (les célèbres sœurs étaient alors toutes deux décédées). Les ravages et les massacres mirent en fuite beaucoup de résidents survivants qui se réfugièrent sur le continent, autour de la baie connue de nos jours sous le nom de Phang Na. Les compte-rendus des marchands Européens témoins des assauts Birmans contre Phuket relevaient plutôt de la comédie dramatique que d'une campagne militaire sérieuse. L'un d'eux relate la sauvagerie des envahisseurs, l'orgie de tueries et de pillages et l'enlèvement des survivants à destination du marché aux esclaves. Mais lorsque les navires ennemis quittèrent le port, le vent les drossa sauvagement contre les rochers de la côte où ils se fracassèrent. Les habitants de l'île prirent une revanche sévère sur les soldats Birmans malchanceux. L'un des chefs Birmans fut capturé et envoyé à Bangkok où il fut décapité. Le Roi Rama II, consterné par la mort et la destruction qui régnaient sur l'île, dépité par l'arrêt de la production d'étain, ordonna l'arrestation du gouverneur de Phuket, son transfert à Bangkok et son emprisonnement pour l'exemple. L'année suivante, au cours d'une nouvelle tentative d'invasion Birmane, la marine de guerre Thaï fut envoyée à la rescousse de l'île. Malheureusement, un baril de poudre manipulé avec négligence explosa sur l'un des navires et mis la plus grande partie de la flotte hors d'usage. Pendant ce temps, le gouverneur avait fait construire des palissades pour défendre l'île et tenir les Birmans à distance. Le commandant Birman jugea leur avance trop faible et trouva une stratégie plus astucieuse: il fit remonter ses hommes sur les navires et fit voile hors de la vue du gouverneur et de ses troupes. Le gouverneur, croyant que l'attaque était terminée, célébra sa victoire puis laissa ses hommes rentrer chez eux. Quelques jours plus tard, les Birmans inattendus revinrent prendre la capitale et purent mettre l'île à sac sans rencontrer de résistance organisée. Les Birmans ont montré leur aptitude à conquérir Phuket, mais jamais ils n'ont réussi à la garder assez longtemps pour en tirer un quelconque profit.

 

La longue période de guerres sanglantes contre les envahisseurs Birmans avait décimé la population de Phuket et interrompu l'exploitation des mines d'étain. La production chuta de plus de 500 tonnes en 1784 à moins de 20 tonnes en 1820. L'importante révolution industrielle en Europe et en Amérique fit grimper en flèche les commandes d'étain, surtout lorsqu'un inventeur Britannique eût déposé un brevet pour l'utilisation d'un nouvel acier utilisé pour la fabrication des boîtes de conserves alimentaires: le fer blanc, tôle fine en acier doux recouverte d'étain. La pénurie du précieux métal fit exploser les prix. Cette ruée mondiale sur l'étain mit une pression intolérable sur le Roi Rama II: soit Phuket et les provinces voisines réalignaient la production d'étain, soit il perdait ces contrées.

Peu de temps après l'accession au trône de Rama III (1824-1851), les gouvernements Britannique et Thaï conclurent un traité commercial qui rouvrait officiellement les frontières Thaïs au commerce extérieur. L'un des privilèges obtenu par les Britanniques dans cet accord était l'accès illimité au commerce de l'étain sur l'île de Phuket. L'influende des Britanniques en Thaïlande s'amplifiait. Ce traité eut une conséquence indirecte: pendant tout le reste du 19ème siècle, les Birmans furent tellement occupés à parer les Britanniques qu'ils ne constituèrent plus une menace pour la Thaïlande. Les navires de guerre Britanniques assuraient la sécurité dans le Détroit de Malacca et rendaient impossible les razzias des pirates. Par ailleurs, la menace d'une invasion étant jugulée, Phuket était fin-prête pour la prospérité.

La nouvelle ville de Thalang fut établie dans la partie nord de l'île, tenant le rôle de nouvelle capitale de Phuket, mais son importance fut de courte durée. Lorsque d'importantes quantités de minerai d'étain furent découvertes dans le sud de l'île, une troisième ville -- Phuket Town -- émergea et devint en quelques décennies le centre économique et politique de l'île. Confrontée à un cruel manque de main d'œuvre dans les mines, Phuket dut faire venir des travailleurs. Des milliers de mineurs arrivèrent de la Malaisie voisine, d'autres directement de Chine. Assidus et laborieux, quelques-uns eurent la chance de devenir riches propriétaires miniers et de faire construire de splendides résidences qui embellissent l'île encore aujourd'hui. Vers le milieu du siècle, environ 30.000 Chinois étaient employés dans les mines éparpillées sur toute l'île. Les Malais arrivèrent à leur tour, implantant une forte présence musulmane. Ils s'installèrent principalement dans la région de Surin où leurs descendants continuent à exploiter leurs fermes et à pratiquer la pêche. Rama III, inquiet de l'usage d'opium répandu parmi les Chinois et craignant qu'il ne se propage parmi le peuple Thaï, interdit la drogue. On ignora largement l'interdiction, tout comme on l'ignore encore de nos jours. En 1840, le Roi fit saisir une importante quantité d'opium chez les marchands de Phuket et fit remonter cette cargaison par bateau à Bangkok. Ce fut le début d'une tradition qui se pratique encore périodiquement: plus de 900 caisses d'opium furent publiquement brûlées pour montrer que la drogue ne serait pas tolérée. Cet acte, qui fut sans aucun doute une sage décision, fut aussi le dernier à se dérouler sur la place du palais. En effet, il fut rapporté qu'une odeur toxique mais bizarrement agréable stagna sur la place du palais durant presque toute la journée.

 

Le Roi Mongkut (qui régna sous le nom de Rama IV de 1851 à 1868) fut le premier des deux souverains successifs à comprendre et instaurer les relations modernes et amicales avec les puissances occidentales, seules capables de soustraire son pays à la colonisation. Avant de succéder à son frère sur le trône, Mongkut avait passé 27 ans dans un monastère Bouddhiste où il y apprit la langue Anglaise et étudia l'histoire de l'occident et les sciences. Une fois intronisé, Rama IV introduisit une éducation de style Européen, institua la première publication imprimée et engagea des experts étrangers pour moderniser le gouvernement et l'économie du Siam. L'acte le plus controversé de son règne fut la signature, sous la contrainte de la Grande-Bretagne, du 'Traité de Bowring'. Ce traité octroyait des droits extra-territoriaux (qui ne sont pas soumis aux lois du pays où ils se trouvent) et autres privilèges aux citoyens Britanniques. En conséquence, sous ce traité, les Britanniques étaient libres de faire ce qu'ils voulaient en Thaïlande. Ils pouvaient même importer les produits précédemment interdits tels que l'opium et les lingots d'or. Tous les monopoles royaux furent annulés, les taxes d'importation et d'exportation réduites à 3%, et aucun citoyen Britannique ne pouvait être arrêté ou traduit devant une cour de justice Thaï. De plus, ce traité ne pouvait être abrogé sans la permission de la Grande-Bretagne. Presque toutes les puissances Européennes ainsi que les Américains se ruèrent sur la possibilité de signer un tel accord. Il était en effet plus économique que la colonisation puisqu'il en avait tous les avantages sans toutefois avoir l'obligation de construire routes, écoles, services postaux, chemins de fer, etc. Rama IV servit de modèle pour le livre de Margaret Landon 'Anna et le Roi de Siam' qui décrivait la vie d'une gouvernante Anglaise à la cour royale Siamoise et qui fut adapté pour une comédie musicale intitulée 'Le Roi et Moi'.

L'essor de Phuket fut foudroyant. Certains continuèrent à prospérer, mais la plupart de ceux qui travaillaient sous la houlette des Chinois eurent une vie de labeur implacable. L'insatisfaction avec les conditions de travail et la rivalité entre deux sociétés secrètes Chinoises débouchèrent sur une rébellion des mineurs et des batailles rangées avec les policiers. Finalement, l'empereur de Chine envoya des émissaires pour négocier un accord de paix qui remettrait les mineurs au travail. Un mineur travaillait entre 3 et 5 ans pour rembourser la dette contractée pour son transfert depuis le continent Chinois. Ensuite, il pouvait travailler pour lui-même. Il perdait 25% de son minerai après la fonte en taxe royale, 12-15% allaient aux chefs suprêmes Chinois qui contrôlaient la fonte, et il devait verser une taxe supplémentaire s'il tentait d'exporter l'étain. Il lui restait une seule autre option: vendre l'étain à une compagnie Chinoise de négoce ayant acheté des droits à l'exportation auprès de la Cour Royale de Thaïlande. Très peu prospéraient, mais leurs richesses étaient alors inimaginables. Au temple 'Wat Chalong' se trouvent des statues commémorant deux moines devenus célèbres lors de cette crise minière pour avoir réduit des fractures dans les deux camps et pour leur dévouement égal pour les deux parties rivales.

 

Le Roi Chulalongkorn (Rama V de 1868 à 1910) régna pendant la période où le pays dût subir les assauts les plus forts des nations Européennes pour la colonisation. Rama V est généralement considéré comme le plus grand souverain de Thaïlande. Il était le fils de Rama IV, premier grand monarque moderniste du Siam. En plus de l'abolition de l'esclavage et celle de la coutume de prosternation devant le souverain, Chulalongkorn poursuivit les différentes politiques de son père et approfondit des réformes majeures dans les domaines de l'économie, l'administration, l'éducation, les transports et les communications. Il consolida les efforts de modernisation commencés par son père et réussit à maintenir l'indépendance de la Thaïlande en cédant à contrecœur certains territoires frontaliers. En 1893, la Thaïlande fut entraînée dans un conflit de frontière avec la France qui était à l'époque la puissance dominante en Cochinchine (Vietnam) et au Cambodge. Les Français envoyèrent des vaisseaux de guerre à Bangkok pour obliger les Thaïs à renoncer au Cambodge et à la partie du Laos située sur la rive orientale du Mekong. Le territoire complémentaire Thaï de la rive occidentale du Mekong fut acquis par la France en 1904 et 1907. La Thaïlande céda également le contrôle de quatre états de la Péninsule Malaise à la Grande-Bretagne en 1909.

Phuket connut une forte croissance au début du 20ème siècle. L'exploitation de l'étain était à son apogée, et le bienveillant gouverneur Rasada Korsimbi mis sa compétence à la disposition de l'île pour diversifier son économie et moderniser sa capitale. Phuket-Ville s'agrandit rapidement, ses rues se bordèrent d'élégantes maisons de style Sino-Portugais inspirées de celle de Malacca, et des bateaux du monde entier faisaient escale dans son port très animé. Rama V fut le premier roi Thaï à visiter Phuket et vanta l'importance de l'île auprès du gouvernement central.

En 1903, le missionnaire John Carrington écrivait que Phuket était un endroit où abondaient éléphants sauvages, rhinocéros, tigres, buffles, bétail, singes, oiseaux multicolores et reptiles.

C'était exact, cependant tout change. Deux événements importants furent à la base des changements majeurs de l'économie et de l'environnement de l'île. En 1903, on planta les premiers hévéas, lançant alors la nouvelle industrie du caoutchouc qui transforma l'agriculture de Phuket et participa à sa prospérité. Plus de 40% des forêts tropicales restantes de l'île furent abattues et remplacées par les hévéas. Puis, en 1907, l'introduction de la première drague de minerai par le Capitaine Australien Edward Miles transforma de façon spectaculaire la région côtière.

En 1912, un groupe d'officiers militaires Thaïs tentèrent en vain de renverser la monarchie. Depuis lors, les complots et les coups d'état ont toujours marqué la vie politique Thaï. En 1918, Rama VI envoya un contingent de soldats en France pour montrer son soutien aux Alliés pendant la Première Guerre Mondiale.

 

 

Phuket, la « perle du sud » et Patong, son «Pattaya »

Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande – Jean Baffie

Phuket, la plus grande île de Thaïlande avec 539 km2, est située à environ 900 km de Bangkok. La grande richesse de l'île avant le tourisme fut le minerai d'étain, ce minerai étant recueilli à la fois sur terre et en mer. En 1983, Phuket comptait encore 46 mines d'étain, mais les plate-formes de dragage situées au large des principales plages risquaient de faire fuir les touristes en troublant durablement une mer vendue comme cristalline. Toutefois, il faut savoir qu'en 1979, alors que le tourisme était encore bien peu développé, le PNB (GPP) par personne était le plus élevé de Thaïlande avec 39 470 bahts .

C'est en 1965-1967 que la compagnie Christiani & Nielsen (Thai) Limited a construit le pont Sarasin reliant Phuket au continent. Ce pont, long de 360 mètres, donnait un accès beaucoup plus aisé à Phuket, qui n'était plus tout à fait une île. Le développement touristique – d'un tourisme d'abord intérieur – pouvait commencer. Phuket, qui était alors quasiment la seule province de Thaïlande du Sud à ne pas abriter de guérilla communiste, s'est réellement développée comme un lieu de tourisme international depuis 1973. Avant cette date, l'île n'avait que 8 hôtels touristiques avec un total de 527 chambres. Il est possible que certains des douze hôtels enregistrés dès 1965 par l'administration étaient des hôtels à prostituées, mais au cours de l'année 1965 il n'avait été répertorié que deux cas de blennorragie et trois cas de syphilis (anonyme 2510 : 56, 149).

En juin 1973 une mission de l'Office thaïlandais du tourisme se rendit à Phuket pour préparer un plan de développement touristique. Il fut présenté lors d'un séminaire intitulé « L'industrie du tourisme: le nouveau visage de Phuket », qui se tint les 12-14 novembre 1973. Il fallait changer l'image de Phuket, d'une province minière à un paradis touristique.

En 1977, le nombre d'hôtels était passé à 26 et le nombre de chambre à 1 314. On annonçait alors l'ouverture de 10 nouveaux hôtels avant 1979 ce qui devait avoir pour effet d'augmenter d'un millier le nombre des chambres disponibles. Mais, dans un article du mois d'avril 1977 de Travel East, une revue locale consacrée au tourisme, on ne mentionne que trois hôtels de classe internationale, le Pearl, un hôtel de douze étages dans la ville de Phuket, le Phuket Island Resort, ouvert en janvier 1973 dans le sud de l'île par un propriétaire de mines, et le Patong Beach Hotel, ouvert en 1976.

Cependant les bungalows étaient nombreux et bon marché puisque les prix commençaient à 30 bahts soit 1,5 dollars américains de l'époque. Jusqu'à la fin des années 1970, il fallait au moins douze heures pour lier Bangkok à Phuket. En effet, ce n'est qu'en 1978 que l'aéroport de Phuket fut ré-ouvert.12 Il fut possible de se rendre à Phuket, depuis Bangkok, en deux heures (et aujourd'hui en une heure). Au départ, il y eut un seul vol quotidien, puis deux, mais il s'agissait de petits avions de 44 places. Très vite, l'aéroport fut agrandi pour se transformer en un véritable aéroport international acceptant des Boeing 777. Dès la fin de l'année 1983, il accueillait ainsi des avions venant de Singapour et de Malaysia. Ainsi, en 1984, huit vols hebdomadaires reliaient Phuket et Singapour amenant au total environ deux mille Singapouriens. Phuket pouvait rêver rivaliser avec Penang, en Malaysia, et Bali, en Indonésie.

 

 

L'affaire de Phuket (1984)

La ville de Phuket est, comme celle de Trang, de Hat Yai, de Yala, etc., une ville chinoise.

Dès 1897, 40% de la population de l'île de Phuket était chinoise ; il s'agissait bien entendu des quelque 11 350 mineurs d'étain (Pramualratana 1986 : 21), mais également des riches commerçants et industriels qui firent construire en ville les maisons de style « sinoportugais » si caractéristiques de Phuket. Comme toutes les capitales de province, et surtout des provinces riches, la ville de Phuket ne manque pas de lieux de « distractions nocturnes » pour locaux. Une liste de mars 1983 mentionnait ainsi un salon de massage – celui de l'hôtel Pearl –, quatre spectacles de Ramwong, sept night-clubs. Les simples bordels n'étaient pas répertoriés.

La prostitution locale dans ce qu'elle a de plus sinistre fit la une de la presse pendant des semaines au cours de l'année 1984. Le 30 janvier de cette année, un incendie se déclara près du marché central. Le feu se propagea dans les rues voisines où ne se trouvaient pas moins d'une soixantaine de bordels. L'un d'eux, situé sur la rue de Bangkok, fut totalement détruit par les flammes. Cinq prostituées qui se trouvaient lourdement enchaînées ne purent s'échapper et leurs corps calcinés furent découverts dans les décombres. Sept autres avaient été brûlées, certaines très gravement. Originaires du Nord et du Nord-Est, beaucoup de ces filles avaient été conduites à Phuket en prévision du surcroît de fréquentation des bordels occasionné par le nouvel an chinois.

On apprit rapidement que les prostituées décédées avaient été arrêtées par la police quelques jours plus tôt mais avaient été rapidement relâchées sans doute après paiement d'un bakchich ou quelque autre arrangement (Bangkok World 15 février 1984: 6). La presse s'empara de l'affaire et « l'enfer de Phuket » ou « l'enfer du bordel de Phuket » (narok song Phuket) eut un impact durable sur la population de Thaïlande jusque-là très tolérante. Par chance, le commandant en chef de la police de cette époque, le général de police Narond Mahanond, était un homme intègre. Le propriétaire du bordel, un Chinois du nom de ko Leng Thianngarm, fut arrêté puis condamné à la prison à vie tandis que deux autres proxénètes écopaient de peine de 10 et 21 ans de prison. Toutefois, les trois officiers de police responsables du secteur de Phuket furent, eux, seulement transférés.

 

Patong, rivale de Pattaya

L'île de Phuket avait accueilli 21 900 touristes étrangers en 1977, l'objectif était alors d'en recevoir 248 000 vingt ans plus tard, mais, dès 1985, le nombre semble avoir été atteint.

Cependant, après avoir été un paradis pour routards, l'île devait être une destination pour Occidentaux aisés, le contraire de Pattaya. Pourtant le développement de la prostitution sur la plage de Patong au cours des années 1980, surtout sous forme de bars à bière a causé quelques soucis. Mais la politique officielle était alors loin d'être bien définie, puisqu'en 1983 des milliers de marins américains (en au moins six visites) avaient été autorisés à faire escale à Patong, qui semblait devoir concurrencer Pattaya sur ce secteur. Pour éviter les photos – catastrophiques pour l'image de l'île – de débarquements intempestifs, il fut suggéré que les marins américains débarquent plutôt dans la province voisine de Phangnga, alors très peu touristique.

Trois ans plus tard, en décembre 1986, c'est l'Office thaïlandais du tourisme (kanthonthiao haeng prathet thai) qui s'inquiétait que le nombre de bars à bière, de prostituées et de lieux de distraction nocturne sur Patong puisse nuire à l'image de la station. Le rapprochement avec Pattaya était répété.

L'ouverture du Club Med. Phuket sur la plage voisine de Kata en décembre 1985 a permis de rectifier un peu l'image de l'île. C'est la première chaîne occidentale à parier sur Phuket. Le village de 36 ha de terrain comprenait une piscine, sept courts de tennis, quatre courts de squash, et des facilités pour de nombreux sports. La nourriture internationale proposée (thaïe, chinoise, japonaise, européenne) montre qu'il s'adressait aussi aux Asiatiques. Le village eut de fait un beau succès chez les Japonais.

Certes, la plage de Patong reste un lieu où les Occidentaux vont davantage pour les prostituées que pour le sable fin, mais les établissements haut de gamme sont devenus très nombreux, ainsi le Ban Thai Resort qui propose de premières chambres à 5.200 bahts la nuit et une suite à 50.000 bahts. Un guide sur la vie nocturne en Thaïlande, publié en 1991, se réfère – pour Phuket – presque essentiellement à Patong. Il mentionne surtout les 54 bars à bière du soi (ruelle) Bangla. Les auteurs précisent : « Le doi Bangla est de loin l'endroit le plus populaire pour rencontrer des jeunes femmes libres (…) ; à chacun de ces bars on peut avoir de la compagnie pour le prix d'une boisson ; et celui qui souhaitera approfondir les relations avec une des filles devra payer une taxe d'environ 100 bahts au bar, si cela se passe pendant les heures d'ouverture ». Ils précisent également que tous ces bars se ressemblent et sont essentiellement des lieux de rencontre. Comme pour la plupart des bars de Bangkok ou de Pattaya,1 il ne s'agit donc pas de lieux de prostitution, mais il s'agit simplement de mettre en relation une offre et une demande.

Patong essaie de se mettre au goût du jour cependant. En témoigne l'inauguration en 2007 du Ban Thai Beach Resort and Spa avec trois piscines, un centre de fitness. Mais les tarifs sont élevés pour un portefeuille asiatique (d'un peu plus de 100 à 1000 euros la nuit) (cf. www.BanThaiPhuket.com). Mais, aussi coûteux soient-ils, les hôtels de Patong ont intérêt à fermer les yeux quand les clients rentrent dans leur chambre avec une prostituée.



15/01/2008
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